Au pays des trolls avec la Peer Gynt Suite No 1 de Grieg
II. Åse's Death

Peer Gynt Suite No. 1, Op. 46

Grieg présente un guide d'écoute du morceau « II. Åse's Death », tiré de l'œuvre « Peer Gynt Suite No 1 »
Je suis Edvard Grieg, et je vais t'expliquer le mouvement II. Åse's Death de ma Peer Gynt Suite No 1. Tu vas entendre des cordes qui fredonnent tout bas, dans un Andante doloroso en si mineur, pour accompagner la mort de la mère de Peer. Reconnaître nos morceaux dès qu'ils résonnent, c'est justement ce que mes confrères et moi t'apprenons sur ce site, alors  essaie l'entraînement  si l'envie te prend !
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Mode d'emploi pour une oreille qui veut pleurer sans bruit

Pour écouter II. Åse's Death, je te conseille de t'installer confortablement et de ne rien attendre de spectaculaire. Ce sont les cordes qui portent presque toute la musique, et je les ai écrites pour qu'elles chantent bas, comme une voix qui fredonne près d'un lit. Concentre-toi sur la façon dont les lignes se superposent, car chaque instrument semble murmurer sa part sans jamais couvrir les autres. Il n'y a ici ni danse ni coup d'éclat, seulement un tempo très lent, et c'est justement ce calme qui rend le morceau si prenant.

Pourquoi je n'ai pas appelé ça « Petite promenade en si mineur »

J'ai donné ce titre au morceau parce qu'il raconte la mort de la mère de Peer, Åse, dans la pièce d'Ibsen. Dans le théâtre, cette musique ouvre puis referme le troisième acte, comme un rideau de velours qui se lève et retombe doucement sur la scène. J'ai choisi le si mineur et l'indication Andante doloroso, autour de 50 à la noire, pour que la tristesse ne soit jamais pressée. Quand on a un adieu à écrire, il vaut mieux prendre son temps, et j'ai voulu que l'auditeur le sente dès les premières mesures.

Juste un long soupir

Pour la forme, je n'ai suivi aucun modèle, car un adieu ne s'organise pas comme une dispute. J'ai préféré une grande courbe, qui part du silence, monte peu à peu en intensité, puis revient vers le calme. Tu peux donc te représenter le morceau en trois temps, que je vais prendre un à un dans les paragraphes qui suivent. Le tempo reste lent d'un bout à l'autre, et ce sont la force du son et l'émotion qui changent de visage.

Section 1 : On parle à voix basse

Le morceau s'ouvre sur des cordes très douces, et l'atmosphère est celle d'une chambre où personne n'ose faire de bruit. La mélodie avance par petits pas, sans éclat, comme si elle craignait de réveiller quelqu'un. Tout est installé en si mineur, et cette couleur sombre donne tout de suite le ton de la scène. À ce stade, rien n'est encore tragique à voix haute, mais tu sens déjà que quelque chose de grave se prépare.

Section 2 : La gorge qui se serre

Au milieu du morceau, la musique prend de l'ampleur, et les cordes chantent un peu plus fort, avec plus de tension. C'est le moment où la douleur ne se cache plus, même si je ne la laisse jamais éclater en cris. Écoute comme les phrases semblent monter, comme si elles cherchaient de l'air avant de retomber. Ce sommet reste plein de retenue, et c'est cette pudeur qui, à mon avis, le rend si émouvant.

Section 3 : On éteint la lampe

Après ce sommet, l'intensité redescend lentement, et les cordes retrouvent la douceur du début. J'ai voulu que la musique s'éloigne, comme quelqu'un qui quitte la pièce sur la pointe des pieds. Le son s'amincit, les phrases se font plus courtes, et le silence reprend peu à peu sa place. Quand le dernier accord s'efface, on a l'impression d'avoir veillé quelqu'un jusqu'au bout.

À toi de jouer, mouchoir facultatif

Maintenant, je t'invite à écouter II. Åse's Death par toi-même, sans te presser. Appuie sur lecture et laisse la musique te porter, sans chercher à tout analyser dès la première écoute. Pendant que tu écoutes, repense à cette courbe qui part du silence, monte puis s'apaise, et suis-la comme on suit un fil. J'espère que tu seras aussi touché en l'entendant que je l'ai été en l'écrivant.
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Voilà, tu connais maintenant un peu mieux II. Åse's Death, ce mouvement de ma Peer Gynt Suite No 1 où je dis adieu à la mère de Peer. Ce passage t'a-t-il plu, et as-tu aimé le découvrir avec moi ? Quand les dernières notes des cordes s'éteignent, il reste un silence que je trouve presque aussi important que la musique. Je te conseille de le laisser durer un instant avant de passer à autre chose. Tu peux aussi réécouter ce mouvement en repensant à sa lenteur et à sa douceur, car on y entend de nouvelles choses à chaque fois. Il y a encore beaucoup à explorer dans ma Peer Gynt Suite No 1. Les trois autres mouvements ont chacun leur caractère, et il existe aussi une Suite No 2, que j'ai publiée en 1893. Si l'envie te prend d'aller plus loin, clique sur les liens que je te propose juste en dessous. Ils t'emmèneront vers d'autres facettes de cette œuvre, à ton rythme. Je serais heureux que tu y retrouves un peu de ce que j'ai voulu mettre dans cette musique.