Dans la lune avec la Moonlight Sonata de Beethoven
Les coulisses
Piano Sonata No. 14 in C-sharp minor, Op. 27 No. 2 ("Moonlight")

Je suis Beethoven, et je te raconte ici l'histoire de ma Moonlight Sonata. Tu vas découvrir pourquoi j'ai dédié cette sonate, publiée en 1802, à mon élève Julie Guicciardi, et ce que l'on sait vraiment de ce qui nous liait. Si tu veux apprendre à reconnaître mes pièces et celles de mes confrères dès les premières notes, teste-toi à l'entraînement sur ce site.
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Un surnom que je n'ai jamais choisi
Le nom que tout le monde connaît n'est pas de moi, et je n'ai pas écrit cette sonate à la lueur de la lune. Il est venu plus tard du poète et critique Ludwig Rellstab, qui a comparé le premier mouvement à une barque glissant sur le lac de Lucerne par une nuit de clair de lune. L'image a tellement plu qu'elle s'est collée à la partition pour de bon. Je ne lui en veux pas, c'est un peu comme un surnom d'enfance qui finit par remplacer le vrai prénom.Mon vrai titre était plus rêveur
Sur la partition, j'ai écrit « Sonata quasi una fantasia », c'est-à-dire une sonate qui se comporte presque comme une fantaisie, avec plus de liberté qu'à l'ordinaire. Elle fait partie d'un duo publié sous le numéro d'opus 27, et sa sœur, la première, est en mi bémol majeur. Cette première sonate est dédiée à Josephine, princesse de Liechtenstein, alors que la mienne a pris une tout autre direction. Elle est en do dièse mineur, une tonalité qui a tout de suite un air de confidence faite à voix basse.De Bonn à Vienne, puis au piano
Je suis arrivé de Bonn à Vienne en novembre 1792, et j'ai écrit mes deux sonates de l'opus 27 quelques années plus tard. On situe en général leur composition du printemps à l'automne 1801, même si certaines sources parlent plutôt de 1802. Giovanni Cappi les a publiées à Vienne en 1802, et pour la date exacte, les spécialistes ne sont pas tous d'accord entre mars et août. Je te laisse donc la liberté de choisir ton mois préféré.Une élève et une dédicace
J'ai dédié cette sonate à Julie Guicciardi, qu'on appelle aussi Giulietta, une jeune femme que j'ai rencontrée en 1800 et à qui j'ai donné des leçons de piano. À l'époque, dédier une œuvre à quelqu'un était un geste courant, mais celui-ci a beaucoup fait parler de lui par la suite. Leur histoire n'a pas duré, car son mariage avec le comte Robert Gallenberg y a mis fin en 1803 au plus tard. Depuis, son prénom reste accroché à cette musique comme une carte postale dont on aurait oublié le texte.Une lettre qui laisse deviner un sourire
En novembre 1801, j'ai écrit à mon ami Franz Gerhard Wegeler qu'une jeune fille charmante et pleine de magie m'aimait. On comprend qu'il s'agit de Julie Guicciardi, et cette lettre prouve que j'étais heureux à ce moment-là. En revanche, personne ne peut dire si j'étais amoureux en composant cette sonate, ni si la musique parle d'elle. Rien n'est écrit noir sur blanc, et c'est sans doute pour cela que chacun peut y entendre sa propre histoire.Une oreille qui me fait défaut
Mon audition a commencé à baisser vers 1798, et elle empirait déjà quand j'ai écrit cette sonate. En octobre 1802, à Heiligenstadt, j'ai rédigé pour mes frères une lettre dans laquelle je parlais de ma surdité. Je l'ai gardée parmi mes papiers privés, et on ne l'a retrouvée qu'après ma mort en 1827. Quand tu écoutes la sonate, tu entends donc un musicien heureux et inquiet en même temps, ce qui n'est pas contradictoire.Trois mouvements, trois plats
Un mouvement, c'est un grand chapitre d'une œuvre, un peu comme un plat dans un repas en trois services : chacun a son caractère, mais on les mange dans l'ordre. Le premier, l'Adagio sostenuto en do dièse mineur, est l'entrée lente et tranquille, qui te met dans l'ambiance sans te presser. Le deuxième, l'Allegretto en ré bémol majeur, est un plat plus léger, avec un Trio au milieu, qui te fait respirer entre deux moments sombres. Le troisième, le Presto agitato, de nouveau en do dièse mineur, est le plat de résistance : rapide, tendu, avec des arpèges et des accents marqués, et il demande de l'endurance à celui qui le joue.Un pianiste, dix doigts, rien d'autre
Cette sonate est écrite pour piano seul, sans orchestre ni autre instrument pour venir à la rescousse. Tout repose donc sur une seule personne assise devant le clavier, qui doit tenir le public en haleine du début à la fin. C'est ce que j'aime dans la sonate pour piano : elle ressemble à une conversation à voix basse, où chaque note compte. Je suis mort à Vienne le 26 mars 1827, et il est amusant de penser que cette musique continue de murmurer à des oreilles que je n'aurai jamais connues.---
Voilà, tu sais maintenant que ce nom de « Moonlight » ne vient pas de moi, et que cette sonate a connu bien des détours avant d'arriver jusqu'à toi. Ce récit t'a-t-il plu ? Si tu as aimé découvrir l'histoire de la Moonlight Sonata, j'en suis très heureux. Quand je repense à cette musique, je trouve qu'elle garde quelque chose de secret, comme une pièce dont on referme doucement la porte sans avoir tout éclairé. Il reste d'ailleurs encore beaucoup à explorer dans cette sonate : chaque mouvement a sa propre manière de raconter les choses, et tu n'as pas fini d'y découvrir de nouveaux détails. Si l'envie te prend d'aller plus loin, clique sur les liens ci-dessous, ils t'emmèneront un peu plus avant dans l'univers de la Moonlight Sonata. Prends ton temps, écoute-la une fois de plus, et laisse-la te dire ce que je n'ai pas su t'expliquer avec des mots.
