Un oui à l'autel avec la Wedding March de Mendelssohn
Le guide d'écoute
Wedding March in C major, Op. 61, No. 9

Je suis Felix Mendelssohn, et voici le guide d'écoute de ma Wedding March. Tu vas entendre la marche entière, avec ces passages du milieu que les organistes laissent souvent de côté, et tu verras qu'elle ne se résume pas à son refrain. Pour apprendre à reconnaître nos œuvres dès qu'elles retentissent, ce que mes confrères compositeurs et moi t'enseignons ici, passe donc à l'entraînement .
---
Ferme les yeux et compte les cuivres
Pour écouter ma Wedding March, je te conseille de commencer par chercher les trompettes, parce que ce sont elles qui annoncent la couleur. Autour d'elles, les cors et les trombones donnent du poids, pendant que les flûtes et les hautbois posent un peu de lumière par-dessus. Les timbales marquent le pas au fond, et les cordes portent l'ensemble, un peu comme les fondations d'une maison : on ne les regarde jamais, mais sans elles rien ne tient. Aujourd'hui on l'entend surtout à l'orgue d'église, mais je l'ai écrite pour un orchestre, alors essaie de retrouver chacune de ces couleurs.Un titre qui dit la vérité, mais pas toute
J'ai appelé cette pièce Wedding March parce qu'elle accompagne les noces qui ouvrent le cinquième acte de la pièce de Shakespeare. Elle fait partie de la musique de scène que j'ai composée pour le théâtre, où elle porte le numéro 9 sur quatorze. Autrement dit, je ne l'ai pas écrite pour un vrai mariage, mais pour des acteurs sur une scène. C'est la princesse Victoria qui l'a rendue populaire en la choisissant pour ses noces en 1858, et si tu penses au « Voici la mariée » de Lohengrin, ce n'est pas de moi, c'est de Wagner.Une forme qui aime rentrer à la maison
Pour la forme, je n'ai pas choisi la sonate : j'ai préféré quelque chose qui ressemble à un rondo, où un thème principal revient entre des passages différents. Ces passages de contraste sont des épisodes, et c'est pour cela qu'à l'orgue on les supprime souvent afin d'aller droit à la sortie des mariés. Je te propose de suivre quatre sections : la fanfare, le grand thème, l'épisode plus doux, puis le retour en fanfare. Je les prends une par une dans les paragraphes qui suivent, alors garde l'oreille ouverte.Section 1 : La fanfare qui frappe avant d'entrer
Je commence par quelques appels de trompettes, brefs et brillants, avant que la marche proprement dite se mette en route. Le tempo n'est pas pressé mais décidé, avec un pas bien régulier que les timbales soutiennent. Le do majeur donne tout de suite une lumière franche, sans ombre ni hésitation. Ce début ne raconte encore rien, il prépare ton attention, comme on baisse les lumières dans une salle juste avant le lever du rideau.Section 2 : Le thème que tout le monde fredonne sans le savoir
Vient ensuite le grand thème, posé avec assurance sur le pas régulier de la marche. Il est fait de notes nettes et faciles à retenir, ce qui explique pourquoi tu l'as sans doute déjà entendu mille fois sans savoir qui l'avait écrit. Les différents groupes de l'orchestre se le passent, puis se rassemblent pour l'élargir encore. L'humeur est celle d'une fête qui assume pleinement son éclat, sans la moindre inquiétude.Section 3 : La parenthèse où l'on baisse la voix
Au milieu de tout cet éclat, j'ouvre un épisode où la couleur change et où l'orchestre devient plus souple. Les instruments à vent chantent davantage, et la marche garde son pas mais avec des gestes plus doux. La musique s'éloigne un moment de la lumière franche du début, comme si elle allait voir ce qui se passe dans la pièce d'à côté. L'ambiance est tendre, presque rieuse, et cela te laisse le temps de respirer avant le retour du thème.Section 4 : Le retour à la maison, en grande tenue
Le thème principal revient, et cette fois tout l'orchestre le porte avec davantage de force. On retrouve la clarté du do majeur, avec le plaisir de revoir sa propre porte après un détour. La conclusion est nette et ne traîne pas, ce qui explique que les organistes aiment s'en servir pour la sortie des mariés. Liszt en a même tiré en 1849–50 une transcription de piano virtuose, et Vladimir Horowitz s'en est servi plus tard pour en faire son propre morceau de bravoure.À toi de jouer, le cortège t'attend
Maintenant, c'est à toi de vivre ma Wedding March par toi-même. Appuie sur lecture et laisse-toi porter par la musique, sans chercher à tout analyser. Pendant l'écoute, repense peut-être à ce que nous venons de voir : les trompettes du début, le thème qui revient, l'épisode plus doux. J'espère que tu auras autant de plaisir à parcourir cette marche que j'en ai eu à la composer !---
Voilà, tu viens de parcourir avec moi le guide d'écoute de ma Wedding March, et j'espère que tu as pris autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à te le raconter. Tu as le droit de t'arrêter ici, mais je serais heureux que tu gardes l'oreille ouverte la prochaine fois que tu entendras cette marche. Elle a été écrite pour le théâtre en 1842, et elle a pourtant fini par accompagner tant de mariages que beaucoup de gens l'entendent sans même savoir d'où elle vient. Je trouve cela assez touchant, parce qu'une page née pour accompagner la scène d'une pièce de Shakespeare est devenue, sans que personne l'ait décidé, un petit souvenir dans la vie de chacun. Il reste d'ailleurs bien d'autres choses à découvrir autour de cette musique. Tu peux par exemple chercher comment elle sonne à l'orchestre plutôt qu'à l'orgue, ou comparer les versions pour voir comment chaque interprète lui donne sa propre allure. Tu peux aussi écouter ce que Liszt en a fait au piano, en 1849-1850, avec beaucoup de virtuosité. Pour aller plus loin, je t'invite à cliquer sur les liens ci-dessous, ils te mèneront vers d'autres façons d'explorer ma Wedding March. Prends ton temps, écoute-la comme si c'était la première fois, et dis-toi qu'elle a encore quelques secrets à te confier.
