Un tour de valse avec The Blue Danube de Johann Strauss II
Les coulisses
The Blue Danube, Op. 314

Je suis Johann Strauss II, et je te raconte ici l'histoire cachée derrière The Blue Danube. Tu vas découvrir comment une commande de chœur oubliée dans un tiroir est devenue, après la défaite de 1866, une valse faite pour redonner le sourire aux Viennois. Sur ce site, mes confrères et moi t'apprenons aussi à reconnaître nos morceaux dès les premières notes, alors viens essayer l'entraînement pour voir ce que tu retrouves.
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Une commande restée au fond du tiroir
En 1865, Johann Herbeck, le chef de chœur du Wiener Männergesang-Verein, me demande une œuvre pour ses chanteurs. J'accepte volontiers, puis je laisse le projet dormir, comme une lettre importante qu'on pose sur un coin de bureau. Les mois passent et je n'ai toujours pas écrit la moindre note. Je suis alors loin de me douter que cette commande oubliée deviendra ma valse la plus célèbre.Une défaite et une ville maussade
En 1866, l'Autriche perd la guerre contre la Prusse, et le moral des Viennois tombe très bas. Dans cette ambiance, personne n'a vraiment envie de chanter, et encore moins de danser. Moi, je crois que la musique sert justement à cela : redonner un peu de courage quand tout va de travers. Je décide donc de transformer la commande de Herbeck en une valse chantée, joyeuse et lumineuse.Un chœur de carnaval un peu moqueur
Ma première version n'a rien d'une grande page d'orchestre : c'est une chanson pour un chœur de carnaval, avec des basses et des ténors. Les paroles se moquent de la guerre perdue, avec plus de piquant que de tendresse. Autrement dit, je fais sourire les Viennois de leurs propres malheurs, ce qui console toujours un peu. Si tu ne connais que la version orchestrale, tu seras sans doute surpris d'apprendre que cette valse a d'abord eu des mots.Les poètes à la rescousse
Les premiers vers viennent de Josef Weyl, le poète de l'association chorale. Plus tard, Franz von Gernerth écrit d'autres paroles, au ton plus officiel et plus solennel. On lui attribue aussi un autre texte, intitulé « Donau so blau ». Pourtant, c'est la mélodie qui finira par faire le tour du monde, bien plus que tous ces vers.Un fleuve pas si bleu
Le titre vient d'un poème de Karl Isidor Beck, dont le refrain a donné son nom à ma valse. Ce poème se passe à Baja, en Hongrie, la ville natale de Beck, et pas du tout à Vienne. Pour être honnête, le Danube n'a pas vraiment cette couleur : le bleu appartient au poème, pas à l'eau. Comme quoi un joli titre peut embellir tout un fleuve, un peu comme une belle étiquette sur une bouteille.Une première en demi-teinte
La première a lieu en février 1867, au Dianabadsaal de Vienne, pendant un concert du Wiener Männergesang-Verein. C'est Rudolf Weinwurm qui dirige le chœur ce soir-là. Le succès reste modeste : on ne réclame qu'un seul bis, et le chœur comme le public n'aiment pas les paroles. Je te l'avoue, pour une valse qui allait conquérir la planète, le départ est plutôt discret.Mon seul regret
On raconte que je n'ai regretté qu'une chose : que la coda n'ait pas rencontré plus de succès. La coda, c'est la longue conclusion qui referme la valse, et j'y tenais comme un cuisinier tient à son dessert. Les auditeurs avaient peut-être déjà l'esprit ailleurs, encore agacés par les paroles. Heureusement, la musique allait bientôt trouver un public beaucoup plus attentif.Sans paroles, mais avec des ailes
Je prépare alors une version purement orchestrale, pensée pour l'Exposition universelle de Paris de 1867. Débarrassée des chanteurs et de leurs vers, la mélodie peut enfin respirer à son aise. Le public parisien lui fait un grand succès, et c'est cette version-là que les orchestres jouent le plus souvent aujourd'hui. Il m'arrive de penser que la valse n'avait simplement pas besoin de mots pour se faire comprendre.Un tour du monde en quelques mois
Le 1er juillet 1867, la version instrumentale arrive à New York. Le 21 septembre de la même année, la version chorale résonne à Londres, lors des promenade concerts de Covent Garden. Une valse n'a pas de passeport à faire tamponner, et la mienne en profite largement. Pour une chanson de carnaval viennoise, elle voyage décidément très bien.Des partitions par centaines de milliers
Chez moi, tout le monde veut jouer la valse au salon, si bien que l'éditeur doit faire graver 100 nouvelles plaques de cuivre pour imprimer plus d'un million d'exemplaires de la partition pour piano. Aujourd'hui, on l'appelle souvent le second hymne national non officiel de l'Autriche. Elle conclut traditionnellement le concert du Nouvel An à Vienne, comme une façon de se souhaiter une bonne année en dansant. Stanley Kubrick l'a même glissée dans 2001: A Space Odyssey, où elle accompagne des vaisseaux qui s'arriment dans l'espace avec une élégance de danseurs.---
Quand je repense à tout ce chemin, je souris : une commande oubliée dans un tiroir, une défaite qui a assombri Vienne, une chanson de carnaval qui n'a eu qu'un succès modeste, et pourtant la valse a fini par faire le tour du monde. Aujourd'hui, on l'appelle parfois le deuxième hymne officieux de l'Autriche, et elle clôt traditionnellement le concert du Nouvel An à Vienne. Je trouve cela un peu étonnant et très touchant pour une œuvre que j'avais écrite pour redonner le sourire à mes concitoyens. Alors, as-tu aimé découvrir l'histoire de The Blue Danube avec moi ? J'espère qu'elle t'a donné envie de réécouter la valse d'une oreille neuve, en pensant aux Viennois qui l'ont entendue pour la première fois. Il reste d'ailleurs bien d'autres facettes de The Blue Danube à explorer, comme la façon dont la valse voyage de tonalité en tonalité ou les lieux et les films où elle résonne encore. Si tu as envie d'aller plus loin, clique sur les liens ci-dessous : ils t'attendent pour prolonger la promenade au bord du Danube.
