Une pomme en équilibre avec William Tell Overture de Rossini
Les coulisses

William Tell Overture

Rossini raconte les coulisses de l'œuvre « William Tell Overture »
Bonjour, je suis Rossini, et je te raconte ici l'histoire qui se cache derrière mon William Tell Overture. Tu vas découvrir comment un contrat signé en 1824 avec le gouvernement français m'a conduit à écrire mon dernier opéra, celui dont tu as sans doute déjà entendu l'ouverture. À ton tour de reconnaître nos pièces dès qu'elles résonnent, car mes confrères et moi te l'apprenons sur ce site :  fais un tour à l'entraînement  pour essayer.
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Un anniversaire qui se fait rare

Je suis né à Pesaro, le 29 février 1792, ce qui m'a longtemps valu un vrai anniversaire seulement tous les quatre ans. J'ai pourtant trouvé le temps d'écrire beaucoup d'opéras, dont William Tell. Son ouverture est devenue une page que des gens reconnaissent sans même connaître mon nom. Pour comprendre comment elle est née, il faut remonter à Paris, quelques années avant sa création.

Une signature au bas d'une page

En 1824, je signe un contrat avec le gouvernement français. Il me demande un grand opéra pour l'Académie Royale de Musique et un opéra pour le Théâtre-Italien. Le grand opéra, c'est le chemin qui mène à William Tell, et il me demandera beaucoup de patience. J'ai signé comme on accepte d'aider un ami à déménager en pensant que ça prendra un après-midi.

Un sujet emprunté à Schiller

Pour l'histoire, je m'appuie sur la pièce Wilhelm Tell de Schiller. Le livret est l'œuvre de Victor-Joseph Étienne de Jouy et d'Hippolyte Bis, qui en tirent un grand spectacle. On y suit la révolte des Suisses contre l'oppression autrichienne. Voilà d'où vient l'élan de la fin de l'ouverture : c'est la joie d'un peuple qui se libère, pas une charge de cavaliers.

Cinq ans pour une seule œuvre

On situe la composition entre 1824 et 1829, ce qui fait une belle durée pour un seul opéra. Le 3 août 1829, l'Opéra de Paris le présente enfin à la salle Le Peletier. L'ouverture arrive donc la première devant un public qui ne sait pas encore ce qui l'attend. Pour moi, c'est un peu comme servir un plat qui mijote depuis des jours.

Qui tenait la baguette ?

Pour cette première, on cite d'ordinaire Henri Valentino au pupitre. D'autres auteurs préfèrent le nom de François Habeneck, et personne ne tranche vraiment. L'accueil, lui, est partagé, sans enthousiasme général. Dès la troisième représentation, on commence à couper, et au bout d'un an on ne joue plus que trois actes.

Une ouverture qui voyage seule

Quand la partition d'orchestre de l'opéra paraît à Paris chez E. Troupenas, vers 1829, elle contient tout sauf l'ouverture. Il faut attendre 1899 pour l'édition de référence, préparée par Fritz Hoffmann chez Breitkopf & Härtel, à Leipzig. Dover la réimprime en 1994, ce qui prouve que les musiciens en ont toujours besoin. Elle n'a ni numéro d'opus ni numéro de catalogue, et se présente donc sous son seul nom.

Un compliment venu d'un grincheux

Berlioz n'aimait pas la plupart de mes œuvres, et pourtant il a appelé cette ouverture une symphonie en quatre parties. Il n'a pas tort : elle dure environ douze minutes, et les quatre parties s'enchaînent sans pause. En 1838, Liszt en fait une transcription pour piano, qui devient un classique de ses concerts. Entendre dix doigts remplacer tout un orchestre, c'est la preuve que la mélodie tient debout toute seule.

Le galop prend la route

Le finale se met à voyager : Johann Strauss I le cite dans son William Tell Galop, Op. 29b, et Chostakovitch dans sa Symphony No. 15. Puis il devient le thème de The Lone Ranger, à la radio, à la télévision et au cinéma. C'est de là que vient l'image des chevaux au galop, et elle ne concerne que la quatrième partie, pas l'ouverture entière. On raconte qu'un « intellectuel » serait quelqu'un capable de m'écouter sans penser au Lone Ranger, une phrase qu'on attribue à Jack Guinn, mais l'origine reste incertaine.

Du dessin animé à la publicité

Le finale a aussi fait carrière à l'image, et je n'ai pas fini d'être surpris. Disney l'utilise dans The Band Concert, et Kubrick dans A Clockwork Orange, dans une version électronique de Wendy Carlos. En 2001, une publicité Reebok reprend une version de DJ Shadow. Moi qui écrivais pour des cors naturels, je ne m'attendais pas à me retrouver sur un synthétiseur.

Et après William Tell ?

William Tell est mon dernier opéra, le trente-neuvième, mais je n'ai pas cessé d'écrire pour autant. Après la révolution de juillet 1830, le nouveau gouvernement réduit ma rente, je me bats et j'obtiens gain de cause en 1835. Cet opéra a aussi pesé sur ma santé, et on discute encore des raisons de mon silence au théâtre : la maladie, la fortune, le goût du moment ou la révolution. Je vis presque quarante ans de plus, et j'écris encore des cantates, de la musique sacrée et des pièces vocales.
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Voilà, nous sommes arrivés au bout de l'histoire de mon William Tell Overture. Est-ce que tu as aimé en découvrir les coulisses avec moi ? Je me suis arrêté à l'opéra, mais il reste encore beaucoup à explorer autour de cette ouverture. Tu peux par exemple écouter comment Liszt l'a transcrite pour le piano, ou comment d'autres compositeurs en ont repris le galop. Je n'ai jamais cessé d'écrire après William Tell, et cette suite de ma vie mérite elle aussi qu'on s'y attarde. Si l'envie te prend de prolonger le voyage, clique sur les liens ci-dessous pour continuer ta découverte du William Tell Overture. Je te souhaite de belles écoutes, et que ce lever de soleil t'accompagne encore longtemps.