Frissons d'orgue avec Bach et sa Toccata and Fugue in D Minor
Les coulisses

Toccata and Fugue in D minor, BWV 565

Bach raconte les coulisses de l'œuvre « Toccata and Fugue in D Minor »
Je suis Bach, et voici l'histoire de la Toccata and Fugue in D Minor. Tu vas découvrir pourquoi personne ne sait vraiment quand ni où je l'ai écrite, puisque mon manuscrit a disparu et qu'il ne reste qu'une copie de la main de Johannes Ringk. Si tu veux savoir reconnaître nos œuvres dès qu'elles résonnent, mes confrères compositeurs et moi te l'enseignons ici, alors  tente l'entraînement  quand tu veux.
---

Un jeune organiste pas encore célèbre

En 1703, je deviens organiste à Arnstadt, et je n'ai pas encore l'allure d'un monument de la musique. J'ai dix-huit ans, un orgue à ma disposition et beaucoup d'idées qui ne demandent qu'à sortir. Si tu veux comprendre cette Toccata and Fugue in D Minor, imagine quelqu'un qui découvre ce qu'un orgue peut faire quand on ne le retient pas. Ce jeune homme-là aime le bruit, la vitesse et les effets, et ça s'entend dès les premières mesures.

Quatre mois de congé pour écouter un maître

En 1705-1706, je demande quatre mois de congé à Arnstadt pour aller entendre Dieterich Buxtehude à Lübeck. Il y a environ 450 km à l'aller, et je te laisse calculer ce que ça représente avec le retour. Buxtehude est un organiste dont j'ai très envie d'entendre le jeu. On pourrait chercher un écho de ce voyage dans l'ouverture de ma toccata, mais personne ne peut prouver qu'il y est pour quelque chose.

Arnstadt, Mühlhausen, Weimar : où était mon bureau ?

À partir de juillet 1706, je suis organiste à l'église Saint-Blaise de Mühlhausen, puis je reviens à Weimar en 1708 comme organiste de la cour. Je te fais ce petit itinéraire parce qu'on se demande encore dans laquelle de ces villes j'ai écrit la pièce. Certains pensent à Arnstadt, d'autres à Weimar, et rien ne permet de trancher. Je ne vais pas te donner d'adresse, puisque personne n'en a retrouvé la trace.

Une date qui se balade

Les spécialistes se disputent aussi sur la date, et leurs réponses couvrent presque toute ma vie d'adulte. Les uns la placent entre 1703 et 1707, d'autres en 1708, avec un point d'interrogation qui en dit long. Selon d'autres encore, elle pourrait venir de n'importe quelle année entre 1704 et les années 1750. Je te laisse donc sans année précise, et c'est le seul moyen d'être honnête.

Le manuscrit qui n'existe plus

Mon manuscrit à moi, celui de ma main, n'a jamais été retrouvé. Si nous connaissons la pièce, c'est grâce à une copie sans date faite par Johannes Ringk, aujourd'hui conservée à Berlin. Ringk était l'élève de Johann Peter Kellner, lui-même mon élève, ce qui fait un joli chemin de main en main. On ne sait pas exactement quand il a copié la partition, quelque part entre les années 1730 et 1760.

Est-ce vraiment moi ?

Voici la partie un peu vexante : certains se demandent si j'ai écrit cette pièce. Peter Williams en doutait en 1981, Rolf Dietrich Claus en 1995, alors que Christoph Wolff défend que c'est bien de moi. Pour l'instant, elle reste classée parmi mes œuvres, sous le numéro BWV 565. Je ne tranche pas ici, et je trouve plutôt flatteur qu'on se dispute encore sur ma signature trois siècles plus tard.

Un style de jeune fougueux

La Bachvereniging parle d'un style typique du jeune Bach, un peu rude, qu'elle appelle celui d'un « hussard du clavier ». Je t'avoue que l'image me plaît, tant cette musique avance en faisant sonner ses éperons. Le début est marqué Adagio, mais il ne ressemble en rien à une berceuse. À la fin, une courte coda notée « Recitativo » change plusieurs fois de tempo, comme si l'organiste hésitait à lâcher la dernière note.

Pour qui, pourquoi, mystère

Tu voudrais sûrement savoir qui m'a commandé cette pièce, mais personne ne connaît de commande, de dédicace ni de première audition. Elle n'était d'ailleurs pas très connue de mon vivant, puisqu'elle ne survit que dans une seule copie proche de mon époque. Pendant ce temps, je deviens Kapellmeister du prince Leopold d'Anhalt-Köthen en 1717, puis Thomaskantor à Leipzig en 1723, où je reste 27 ans. Il est donc bien possible que ma toccata soit restée dans un coin pendant que ma carrière prenait d'autres chemins.

Mendelssohn rallume la lumière

Après ma mort, le 28 juillet 1750 à Leipzig, ma musique traverse une longue période de calme. En 1829, Felix Mendelssohn relance l'intérêt pour moi en faisant jouer la Passion selon saint Matthieu, et tout le monde redécouvre mon nom. C'est dans ce mouvement de redécouverte que ma Toccata and Fugue in D Minor peut reprendre sa place au répertoire. Je dois beaucoup à ce jeune homme qui a eu l'idée de rouvrir mes partitions.

De l'église au cinéma

Aujourd'hui, la pièce a quitté les églises pour le grand écran, et beaucoup de gens la connaissent grâce à Fantasia de Walt Disney. On l'a aussi entendue dans Le Fantôme de l'Opéra, où elle tombe parfaitement à sa place. Des musiciens comme Ferruccio Busoni et Marcel Dupré l'ont même transcrite pour d'autres formations, notamment l'orchestre. Pas mal pour une pièce écrite pour un seul organiste, dont personne ne sait vraiment pour qui elle était faite.
---
Voilà, tu connais maintenant le jeune organiste derrière la Toccata and Fugue in D Minor, et un peu de l'histoire étrange de cette pièce. Je trouve touchant qu'une œuvre aussi connue garde autant de silences autour d'elle. Aucun manuscrit de ma main n'est arrivé jusqu'à toi, et personne ne sait vraiment quand ni où je l'ai écrite. Il ne reste qu'une copie faite par Johannes Ringk, et c'est grâce à elle que tu peux l'entendre aujourd'hui. Peut-être que ce mystère fait aussi partie de son charme, parce qu'il laisse chacun libre d'imaginer la première fois que ces notes ont résonné. Alors, ce petit retour sur l'histoire de la Toccata and Fugue in D Minor t'a plu ? Il reste encore bien des choses à découvrir sur cette pièce, de la manière dont elle est construite jusqu'aux nombreuses transcriptions qu'elle a inspirées. Si l'envie te prend d'aller plus loin, clique sur les liens juste en dessous et continue l'exploration à ton rythme. Je serai content de t'y retrouver, et peut-être que tu écouteras la prochaine fois cette première note avec une oreille différente.