Une belle inconnue avec Für Elise de Beethoven
Les coulisses
Bagatelle No. 25 in A minor, WoO 59 ("Für Elise")

Je suis Beethoven, et je te raconte ici l'histoire de Für Elise. Tu découvriras pourquoi cette petite pièce écrite en avril 1810 n'a été publiée que bien après ma mort, et pourquoi personne ne sait avec certitude qui était cette Elise. Avec mes confrères compositeurs, nous t'apprenons aussi, sur ce site, à reconnaître nos morceaux dès les premières notes, alors viens essayer l'entraînement pour voir si tu y arrives.
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Un petit cadeau griffonné au printemps
En avril 1810, j'écris une courte pièce pour piano seul, en la mineur, avec l'indication Poco moto, c'est-à-dire « avec un peu de mouvement ». Je ne pense pas du tout à un chef-d'œuvre : c'est une bagatelle, le nom qu'on donne chez nous à un morceau léger, écrit sans grande cérémonie. Elle porte aujourd'hui le numéro 25 dans la liste de mes bagatelles, ce qui me fait sourire, car personne ne m'a jamais vu ranger quoi que ce soit. Ce que j'ignore alors, c'est qu'elle deviendra l'une de mes pages les plus connues.Une dédicace qu'on n'a jamais pu relire
Si tu connais ce titre, « Für Elise », c'est grâce à un érudit nommé Ludwig Nohl, qui affirmait avoir vu mon manuscrit. Il a rapporté une inscription du genre « Für Elise am 27 April zur Erinnerung von L. v. Bthvn. ». Le problème, c'est que nous n'avons que sa parole : personne ne peut vérifier qu'il a recopié mes mots exactement. Voilà donc une dédicace dont le texte repose sur le témoignage d'un seul homme.Mon cœur battait ailleurs
À cette époque, je suis amoureux de Therese Malfatti et je compte bien l'épouser. Elle me dit non, et je te laisse imaginer l'humeur dans laquelle je rentre chez moi. Le hasard veut que ce soit justement elle qui ait possédé le manuscrit, du moins d'après la maison Beethoven de Bonn. Tu comprends que les curieux aient eu envie de relier les deux histoires.Elise ou Therese, une affaire d'écriture
Un spécialiste, Max Unger, a proposé une explication toute simple : Nohl aurait mal déchiffré mon écriture. Là où il a lu « Elise », j'aurais écrit « Therese ». Comme le manuscrit a disparu, personne ne peut aller y vérifier. Rien ne le prouve, mais l'idée est séduisante, puisqu'elle ferait de cette mélodie un message resté sans réponse.Les autres candidates
Un autre chercheur, Klaus Martin Kopitz, pense à la soprano Elisabeth Röckel, que l'on appelait « Elise » dans une lettre de 1830. Rita Steblin, elle, avance le nom d'Elise Barensfeld, une jeune prodige, tout en admettant que c'est de la spéculation. Quant à moi, aucun document ne confirme que j'aie connu une femme prénommée Elise. Le mystère reste donc entier, et la dédicataire ne sera sans doute jamais désignée avec certitude.Un manuscrit qui a disparu
Pour compliquer les choses, mon manuscrit a disparu après la publication de Nohl, et aucune copie au propre n'a survécu. On ne peut donc ni lire la dédicace, ni contrôler le titre qu'il a choisi. On hésite même sur le dernier propriétaire : la maison Beethoven de Bonn cite Therese Malfatti, tandis que d'autres sources parlent d'une certaine Babette Bredl, à Munich. Dans cette histoire, chaque réponse semble n'exister que pour faire naître une nouvelle question.Quarante ans de silence
Je n'ai jamais publié cette pièce, et je ne l'ai jamais entendue devenir célèbre. Elle est restée dans l'ombre jusqu'en 1867, quand Nohl l'a imprimée dans son recueil de lettres de moi, sous le nom plus sobre de « Clavierstück in A moll ». Je suis mort à Vienne le 26 mars 1827, donc quarante ans plus tôt. Autrement dit, ma mélodie la plus fredonnée a attendu patiemment que je ne sois plus là pour sortir du tiroir.Un piano plus modeste que le tien
Quand tu joues Für Elise, n'imagine pas un clavier de quatre-vingt-huit touches : le mien était bien plus court. La pièce ne couvre qu'environ deux octaves, et c'est justement ce qui convient aux instruments de mon époque. J'avais quitté Bonn pour Vienne en novembre 1792, et j'y ai écrit sur des claviers de ce genre. Cette retenue fait tout le charme de la pièce : elle ne demande aucune démonstration, seulement de la douceur.Un refrain qui revient en visite
La forme est celle d'un rondo : le thème principal revient trois fois, entre deux épisodes différents, selon le plan A-B-A-C-A. Le deuxième épisode, celui que j'ai appelé C, nous ramène en la mineur et prend des airs de conclusion. Je l'ai écrit alors que mon oreille déclinait déjà depuis 1798, ce qui ne m'empêchait pas de savoir précisément ce que je voulais entendre dans ma tête. Avec ce procédé, tu as l'impression de retrouver un vieil ami à chaque retour du refrain.Des brouillons en bonne compagnie
Il reste des feuillets d'esquisses de la pièce, conservés à la maison Beethoven de Bonn. Sur la même feuille, on trouve une marche, la WoO 19, et de la musique pour Egmont, ce qui montre que mon esprit passait sans cesse d'un sujet à l'autre. Ma période dite « du milieu » s'étend de 1802 à 1812, et cette bagatelle en est un petit coin tranquille, au milieu de pages bien plus tumultueuses. Voilà pourquoi je l'aime : née presque par distraction, elle a trouvé son chemin vers toi sans que personne l'ait prévu.---
Voilà, tu connais maintenant l'histoire de cette petite pièce que j'ai écrite au printemps 1810, sans me douter du chemin qu'elle ferait. Je ne l'ai jamais entendue devenir célèbre, puisqu'elle n'a été publiée qu'en 1867, bien après ma mort. Son manuscrit a disparu depuis longtemps, et personne ne sait vraiment qui était cette Elise. Je trouve que ce silence a quelque chose de touchant, car chacun peut y mettre le visage qu'il veut en jouant ces quelques notes. Alors, as-tu aimé découvrir les coulisses de Für Elise ? Il reste encore bien des facettes de cette bagatelle à explorer, du retour du refrain jusqu'aux différentes pistes qu'on a suivies pour retrouver Elise. Je t'invite donc à cliquer sur les liens ci-dessous pour poursuivre ta découverte de Für Elise.
