Au vert avec la Symphony No 6 de Beethoven
Les coulisses

Symphony No. 6 in F major, Op. 68 ("Pastoral")

Beethoven raconte les coulisses de l'œuvre « Symphony No 6 »
Je suis Beethoven, et je te raconte ici l'histoire qui se cache derrière ma Symphonie n° 6. Tu vas découvrir la première fois qu'on l'a jouée, le 22 décembre 1808 au Theater an der Wien, dans un concert où ma Cinquième l'a suivie en seconde partie. Mes confrères compositeurs et moi t'apprenons aussi, ici, à reconnaître nos œuvres quand tu les entends, alors viens  tenter l'entraînement  pour voir ce que ça donne.
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Des oreilles qui fatiguent

Vers 1798, mon audition commence à faiblir, et ce n'est pas le genre de nouvelle qu'un musicien accueille avec le sourire. En octobre 1802, à Heiligenstadt, j'écris à mes frères une lettre sur ma surdité, une lettre que je n'ai jamais envoyée. Quand je compose la Symphonie n° 6, j'y mets ce que j'aime le plus : le calme, la douceur et la lumière d'une belle journée. Pour imaginer une musique pareille, il suffit d'un cœur qui se souvient de la campagne.

Un carnet plein de brouillons

Je commence à esquisser cette symphonie à partir de l'été 1807, dans un carnet que l'on appelle aujourd'hui le « Pastorale Sketchbook ». Il est conservé à la British Library, et on peut encore y lire mes premières idées. Ce carnet, c'est un peu mon frigo à idées : j'y range des morceaux de mélodies en attendant de les cuisiner. L'essentiel de l'écriture se fait ensuite entre mars et août 1808, en quelques mois seulement.

Deux symphonies pour le prix d'une

En juin 1808, je propose la Cinquième et la Sixième ensemble à l'éditeur Breitkopf & Härtel. Elles sont pourtant très différentes : l'une déborde d'énergie, l'autre prend tout son temps. C'est ma manière de montrer que la même main peut écrire une tension qui ne lâche pas et un après-midi paisible. Breitkopf & Härtel publie finalement la première édition de la Sixième en 1809.

Une soirée avec deux symphonies

Le 22 décembre 1808, la Sixième est jouée pour la première fois au Theater an der Wien, à Vienne, lors de mon propre concert. Ce soir-là, la Cinquième est jouée aussi, mais en seconde partie, après la Sixième. Le public commence donc par une promenade à la campagne, et il termine avec une musique bien plus agitée. Je trouve que l'ordre est plutôt agréable pour les oreilles.

Des sentiments, pas des cartes postales

J'insiste toujours là-dessus : cette musique exprime les sentiments que la nature éveille en moi, elle ne peint pas de tableaux. Les titres que je donne à chaque partie servent à t'orienter, pas à te dicter un scénario à suivre à la lettre. Une carte postale te montre un paysage, alors que moi je veux te faire sentir l'air sur ton visage. Si tu écoutes avec cette idée en tête, tu n'as plus à te demander ce que chaque note représente.

Cinq chapitres pour une seule journée

Une symphonie se découpe en mouvements, un peu comme un livre se découpe en chapitres : chacun a son rythme et son humeur, et l'on reprend son souffle entre deux. Dans le premier, je décris l'« éveil de sentiments joyeux en arrivant à la campagne », puis le deuxième t'installe pour une « scène au bord du ruisseau », à un tempo qui avance sans se presser. Le troisième est une « joyeuse assemblée de paysans », le quatrième un « orage, tempête », et le cinquième un « chant de berger », avec des sentiments joyeux et reconnaissants après l'orage. Ces trois derniers chapitres s'enchaînent sans aucune pause, si bien que la fête, l'orage et le soulagement se suivent sans que personne ne puisse applaudir entre les deux.

Le moment où le ciel se fâche

Quand la fête des paysans s'interrompt, l'orage éclate aussitôt, sans laisser le temps de ranger quoi que ce soit. Je fais entrer le piccolo pour les éclairs et les timbales pour le tonnerre, puis les trombones lancent un énorme accord décalé. Tu entends alors tout l'orchestre se mettre à gronder, et c'est sans doute le passage où je m'amuse le plus avec les sons. À la fin de la tempête, une flûte solo monte doucement en gamme et nous conduit vers le chant du finale.

Des airs de village

Mes thèmes sont simples, proches des chansons populaires, et par endroits on croit entendre le bourdon d'une cornemuse. Ce bourdon, c'est une note tenue qui continue sous la mélodie, comme un ami qui fredonne sans jamais s'arrêter. Je n'ai pas besoin d'un grand effet pour te toucher, car une mélodie facile à retenir suffit largement. Sous cette simplicité, la construction reste solide, mais tu n'as pas à t'en soucier pour en profiter.

Deux noms sur la page de titre

Je dédie la symphonie à deux personnes : le prince Franz Joseph Maximilian Lobkowitz et le comte Andrey Kyrillovich Razumovsky. Je n'ai pas choisi entre les deux : j'ai mis les deux noms. Chacun peut donc se dire que la Pastorale lui appartient un peu. Quant à toi, tu n'as besoin d'aucun titre de noblesse pour l'écouter.

Deux accords pour dire au revoir

Le finale monte vers un grand sommet, puis il retombe doucement dans une coda tranquille. Je termine sur deux accords de fa majeur, sans fanfare et sans effet de manche. Après l'orage, la musique semble remercier tout le monde et s'éloigner sur la pointe des pieds. C'est ma façon de te laisser sur un sentiment de gratitude, celui-là même que j'annonce dans le titre du finale.
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Voilà, tu connais maintenant un peu mieux les coulisses de ma Symphonie n° 6. Cette histoire t'a-t-elle plu ? Je l'espère, car pour moi, cette musique tient une place à part : elle est pleine de campagne, de lumière et de calme. Quand je repense à cette symphonie, je ne vois pas des tableaux, je sens plutôt une promenade intérieure, avec ses joies, ses rêveries et son soulagement après l'orage. Mais il reste encore beaucoup à découvrir dans la « Pastorale ». Tu peux écouter comment chacun des cinq mouvements raconte une émotion différente, ou guetter le moment où l'orage éclate sans prévenir et où la lumière revient peu à peu. Chaque écoute te fera peut-être remarquer un détail que tu n'avais pas entendu la première fois. Si l'envie te prend d'aller plus loin, je t'invite à cliquer sur les liens ci-dessous pour continuer ton exploration de la Symphonie n° 6.