Un violoncelle qui soupire avec le Cello Concerto in E minor, Op. 85 d'Elgar
Les coulisses
Cello Concerto in E minor, Op. 85

Je suis Edward Elgar, et voici l'histoire de mon Cello Concerto in E minor, Op. 85. Tu vas découvrir comment une mélodie notée un soir de 1918, après un séjour à l'hôpital, est devenue ce concerto et pourquoi sa création à Londres a pourtant mal tourné. Mes confrères compositeurs et moi t'apprenons aussi, ici, à reconnaître nos œuvres au moment où tu les entends, alors essaie donc notre entraînement musical quand tu veux.
---
Une amygdale et une mélodie
En 1918, je rentre d'un séjour à l'hôpital à Londres, où l'on m'a soigné une amygdale infectée. La nuit suivante, je note une mélodie qui deviendra le premier thème de mon concerto. Elle est simple, un peu pensive, et elle contient déjà l'esprit de toute l'œuvre. Comme quoi une amygdale peut laisser de meilleurs souvenirs qu'une ordonnance.Un cottage pour travailler au calme
Je travaille à ce concerto à Brinkwells, mon cottage de campagne près de Fittleworth, dans le Sussex. C'est un endroit loin de l'agitation de Londres, et cela convient bien à une musique qui parle à voix basse. Les dates restent floues : la mélodie date de 1918, mais on ne me connaît aucun travail sur le concerto avant 1919. Je laisse les historiens trancher, et je préfère retenir que tout a commencé par un air noté en pleine nuit.Une promesse qu'on finit par me rappeler
Le violoncelliste Carl Fuchs m'avait arraché un jour la promesse d'écrire une pièce pour son instrument. Je n'avais pas oublié, mais je ne me pressais pas, alors Fuchs est revenu me la rappeler. Paul Grümmer, un autre violoncelliste, a fait de même un peu plus tard. Quand deux violoncellistes vous poursuivent, il est difficile de leur échapper, surtout avec un instrument aussi encombrant sous le bras.Une dédicace et un éditeur
Je dédie l'œuvre à Sidney Colvin et à son épouse. La partition paraît à Londres chez Novello, en 1920–21. Elle porte le numéro d'opus 85, ce qui laisse deviner que j'avais déjà beaucoup écrit avant elle. Quant au mi mineur, il annonce tout de suite la couleur : sombre, mais jamais fermé.Une musique qui ne suit pas la mode
Après la Première Guerre mondiale, ma musique passe pour démodée aux yeux de beaucoup de gens. Ce concerto n'essaie pas de les contredire en haussant le ton : il est plus recueilli et plus élégiaque que mon Violin Concerto. Là où le violon brille, le violoncelle préfère confier quelque chose. Je ne cherche pas à avoir l'air moderne, je cherche à dire quelque chose de vrai.Quatre services pour un seul repas
Un mouvement, c'est un peu comme un service dans un repas : l'œuvre se sert en quatre parties, chacune avec son goût et sa vitesse, que des mots italiens comme Adagio, qui veut dire lent, indiquent en tête de page, et le premier mouvement, Adagio – Moderato, dure environ 8 minutes et joue l'entrée, longue et posée, qui donne le ton de tout le repas. Le deuxième, Lento – Allegro molto, tient en environ 4 minutes et demie et passe d'un état lent à une vivacité soudaine. Le troisième, simplement Adagio, dure environ 4 minutes 50 et c'est le plat le plus tendre, un long chant tout en douceur. Le quatrième, qui commence par un Allegro et se termine par un retour à l'Adagio, dure environ 11 minutes et demie : c'est le plat de résistance, le plus long des quatre.Un orchestre qui sait se taire
J'écris pour un orchestre assez classique, avec des bois, des cuivres, des timbales et des cordes. Le violoncelle a une voix grave qui se perd vite si on la couvre. Alors je laisse souvent l'orchestre en retrait, comme des gens qui baissent la voix quand quelqu'un se confie. Le résultat ressemble plus à une conversation qu'à une bataille.Une création un peu bousculée
La création a lieu le 27 octobre 1919, avec le London Symphony Orchestra, Felix Salmond au violoncelle et moi à la direction. Elle se tient au Queen's Hall, à Londres. Ce soir-là, Albert Coates dépasse son temps de répétition et grignote le mien. Je me retrouve donc avec moins de préparation que prévu, ce qui n'a jamais aidé personne avant un concert.Un accueil en demi-teinte
Dans The Observer, Ernest Newman critique le jeu de l'orchestre, mais il admire la sagesse et la beauté profondes de l'œuvre. Je ne reproche rien à Felix Salmond, car sa préparation a sauvé la soirée. Le succès n'est pas immédiat : il faut attendre plus d'un an pour une nouvelle exécution à Londres. La première américaine, à Carnegie Hall en novembre 1922 avec Jean Gérardy, ne suscite pas non plus grand enthousiasme.Du disque au grand public
En 1920, j'enregistre avec Beatrice Harrison une version abrégée, avec les procédés acoustiques de l'époque, et le premier enregistrement complet suit en 1928. En 1965, Jacqueline du Pré enregistre le concerto avec Sir John Barbirolli et le London Symphony Orchestra, et ce disque contribue beaucoup à le rendre populaire. Aujourd'hui, avec le concerto de Dvořák, c'est l'un des deux concertos pour violoncelle les plus joués. Pour une œuvre qui a démarré timidement, je ne me plains pas.---
Voilà, tu connais maintenant l'histoire de mon Cello Concerto in E minor, Op. 85, de la mélodie notée après mon séjour à l'hôpital jusqu'à son long chemin vers le public. Je n'ai pas écrit cette musique pour qu'elle triomphe tout de suite, et il lui a fallu du temps pour trouver ses auditeurs. Aujourd'hui, elle compte parmi les concertos pour violoncelle les plus joués, au côté de celui de Dvořák, et cela me touche beaucoup. Cette confidence venue de Brinkwells a donc fini par parler à bien des gens, bien après la première version de sa vie sur scène. Alors, as-tu aimé découvrir les coulisses de mon Cello Concerto in E minor, Op. 85 ? Il reste encore bien des choses à explorer autour de cette œuvre, comme ses enregistrements, ses interprètes ou la façon dont chaque mouvement se déploie. Je t'invite à cliquer sur les liens proposés pour poursuivre ton exploration du Cello Concerto in E minor, Op. 85, à ton rythme.
