Tous en chœur avec la Symphony No 9 de Beethoven
IV. Presto - Allegro Assai
Symphony No. 9 in D minor, Op. 125 ("Choral")

Je suis Beethoven, et je vais t'expliquer le quatrième mouvement de ma Symphony No 9, le IV. Presto - Allegro Assai. Tu y entendras un début chaotique, puis les cordes graves qui rappellent mes mouvements précédents pour les écarter l'un après l'autre, avant que le thème de la joie ne se pose enfin. Pour savoir reconnaître nos morceaux dès qu'ils sonnent, ce que mes confrères compositeurs et moi t'enseignons aussi sur ce site, passe à l'entraînement quand tu veux.
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Mode d'emploi pour un finale qui a beaucoup à dire
Pour écouter IV. Presto - Allegro Assai, je te conseille de tendre l'oreille vers les violoncelles et les contrebasses, car ce sont eux qui portent les moments les plus importants du début. Ils prennent la parole comme des personnages de théâtre, puis ils présentent tout bas le fameux thème de la joie avant que le reste de l'orchestre s'en empare. Guette ensuite l'arrivée de la voix humaine, d'abord celle du baryton, puis celles du chœur et des solistes, ce qui ne s'était encore jamais produit dans une symphonie. Et si tu entends soudain un piccolo, un triangle, une grosse caisse et des cymbales, c'est que la fête a commencé, un peu comme une fanfare qui déboulerait au milieu d'un concert.Un titre qui annonce la couleur
Presto est l'indication de vitesse que je place en tête de ce finale, et elle veut dire « très vite », ce qui te prévient qu'on ne va pas s'attarder au portillon. Allegro assai désigne un autre tempo, vif lui aussi, et en réunissant les deux mots je préviens que ce mouvement ne garde pas la même allure d'un bout à l'autre. Mon titre est donc une sorte de carte routière : il annonce plusieurs sections, tantôt en ré mineur, tantôt en ré majeur. Ces quelques mots sont brefs, mais ils cachent beaucoup, y compris un poème de Schiller écrit en 1785 qui attend patiemment son tour.Une forme qui refuse d'entrer dans une case
Choisir la forme de ce finale m'a donné du fil à retordre, car aucune forme habituelle ne suffisait à ce que je voulais raconter. J'ai donc construit un immense ensemble de variations sur le thème de la joie, avec des sections qui s'enchaînent en changeant à chaque fois de caractère. Je t'en présente six : le chaos du début, le thème de la joie, l'entrée du baryton, la marche turque, l'épisode lent en sol majeur et la double fugue. Prépare-toi, car chacune change de tempo, de tonalité ou d'humeur, et je les prends une par une dans les paragraphes qui suivent.Section 1 : Je commence par claquer la porte
Le finale s'ouvre sur un chaos, un grand vacarme où l'orchestre semble ne plus savoir très bien où il va. Puis les cordes graves se mettent à réciter, comme des voix qui s'adressent directement à toi, et elles rappellent tour à tour les mouvements précédents. Chaque fois, elles les écartent, comme pour dire que ce n'est pas encore ce que je cherche. Ce refus répété crée un vrai suspense, parce qu'on sent que quelque chose manque encore et qu'il va falloir le trouver.Section 2 : Une mélodie qui entre sur la pointe des pieds
Les violoncelles et les contrebasses énoncent alors le thème de la joie, simple, presque murmuré, sans aucun artifice. Trois variations purement instrumentales le reprennent ensuite, et chaque reprise le fait grandir un peu plus. L'humeur passe peu à peu du doute à une confiance tranquille, sans que le tempo ait besoin de s'affoler. C'est la mélodie que tu fredonneras en sortant de la salle, alors prends le temps de la reconnaître ici, dans sa version la plus nue.Section 3 : Le baryton interrompt la réunion
Après les variations, le baryton entre avec des mots qui sont de moi et non de Schiller : « O Freunde, nicht diese Töne ! ». Cela signifie à peu près « Ô amis, pas ces sons-là ! », et il s'adresse autant à l'orchestre qu'à toi. Le ton change complètement, puisque l'orchestre cède la place à une voix humaine, chose que la symphonie n'avait encore jamais connue. À partir de là, le poème de Schiller peut commencer, et le thème de la joie devient enfin un chant.Section 4 : La fanfare entre sans frapper
Le piccolo, le contrebasson, le triangle, la grosse caisse et les cymbales rejoignent l'orchestre pour une variation en forme de marche, en si bémol majeur. La grosse caisse et les cymbales rappellent la musique turque, et l'ensemble a l'allure d'un défilé joyeux qui traverserait la rue. Le contraste est saisissant avec la gravité qui précède, car la couleur de l'orchestre change du tout au tout. Tu sentiras que l'humeur a tourné une page, et que la joie, ici, se fête bruyamment.Section 5 : On retient son souffle en sol majeur
Vient ensuite un épisode lent, en sol majeur, sur les mots « Seid umschlungen ». Le tempo s'apaise, tout devient large et recueilli, comme si tous les chanteurs se tenaient par les épaules. Après l'énergie de la marche, ce moment de calme est un vrai repos pour l'oreille. Cette pause donne aussi plus de force à l'élan qui va suivre.Section 6 : Deux idées pour le prix d'une
La double fugue superpose deux mélodies différentes qui se poursuivent l'une l'autre, ce qui rend la musique dense et très animée. Les entrées se succèdent, se croisent et s'accumulent, et la joie semble s'emballer sans jamais perdre le fil. Entre le ré mineur sombre des débuts et la lumière du ré majeur, tu as maintenant parcouru tout un chemin. Cette histoire va du désordre à la joie partagée, et chaque section en est une étape.À toi de jouer
Maintenant, je t'invite à vivre IV. Presto - Allegro Assai par toi-même : appuie sur lecture et laisse la musique t'envelopper. Pendant que tu écoutes, garde en tête ce dont nous avons parlé, du chaos initial jusqu'à la double fugue. Si tu perds le fil, ce n'est pas grave : reviens simplement à la mélodie de la joie, elle te remettra sur le chemin. J'espère que ce voyage à travers mon IV. Presto - Allegro Assai te passionnera autant que moi quand je l'ai composé !---
Voilà, nous arrivons au bout de ce finale, et je repense à ce qu'il a de singulier. Il commence dans le tumulte, il passe en revue les mouvements précédents pour mieux les écarter, puis il laisse les violoncelles et les contrebasses chanter tout bas le thème de la joie. À partir de là, tout s'élargit peu à peu, jusqu'à ce que les voix prennent la parole. Je me demande ce qui t'a le plus marqué : cette mélodie si simple qu'on croit l'avoir toujours connue, ou le moment où le baryton interrompt l'orchestre avec mes propres mots ? As-tu aimé découvrir avec moi le guide d'écoute du IV. Presto - Allegro Assai de la Symphony No 9 ? Si c'est le cas, sache que cette symphonie a encore beaucoup à t'offrir. Chaque mouvement a son caractère, et son histoire reste à découvrir : les années de gestation, la création à Vienne en 1824, le chemin que cette mélodie a parcouru jusqu'à aujourd'hui. Tu peux cliquer sur les liens proposés ici pour poursuivre ton exploration de la Symphony No 9. Et la prochaine fois que tu réécouteras ce finale, laisse-toi simplement porter, en sachant que cette joie t'est adressée à toi aussi.
