Vingt ans de patience avec la Symphony No 1 de Brahms
Les coulisses

Symphony No. 1 in C minor, Op. 68

Brahms raconte les coulisses de l'œuvre « Symphony No 1 »
Je suis Johannes Brahms, et voici l'histoire de ma Symphony No 1, celle qui m'a demandé le plus de patience. Tu vas comprendre pourquoi l'ombre de Beethoven, toujours derrière moi, m'a fait attendre environ vingt et un ans avant d'oser présenter cette symphonie au public. Sur ce site, mes collègues compositeurs et moi t'apprenons aussi à reconnaître nos morceaux dès que tu les entends, alors  essaie l'entraînement  !
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Vingt et un ans de procrastination

J'ai travaillé à cette symphonie pendant environ vingt et un ans, de 1855 à 1876 selon la plupart des sources. Les historiens ne sont pas d'accord sur le début exact, et je les laisse se disputer, puisque moi non plus je ne m'en souviens pas très bien. Pendant tout ce temps, je revenais sans cesse à ces pages, sans jamais me décider à les lâcher. Si tu as déjà repoussé une tâche pendant des années, tu comprends exactement ce que je ressentais.

Un géant qui marche derrière moi

La cause de cette lenteur a un nom : Beethoven. J'ai écrit un jour que tu n'imagines pas ce que c'est d'entendre sans cesse ses pas derrière soi. Chaque fois que je posais une note, je me demandais ce qu'il en aurait pensé. Je voulais livrer une première symphonie digne de lui, ou ne rien livrer du tout.

Terminé, enfin, à 43 ans

En septembre 1876, j'ai fini par poser le dernier point, et j'avais 43 ans. Une œuvre qui demande une telle patience ne se termine pas avec un grand feu d'artifice. Elle se termine avec un long soupir, celui d'un homme qui peut enfin ranger son brouillon. J'étais fier, mais surtout soulagé de ne plus entendre ces pas dans mon dos.

Une première à Karlsruhe

La création a eu lieu le 4 novembre 1876 à Karlsruhe, une ville bien plus discrète que Vienne. C'est Felix Otto Dessoff qui dirigeait, à la tête de l'orchestre de la cour de Bade. Après toutes ces années, c'était un soulagement de l'entendre enfin sonner dans une salle. Les concerts suivants ont eu lieu à Mannheim, à Munich, puis à Vienne.

Quatre mouvements, quatre services

Une symphonie se découpe en mouvements, un peu comme un repas se découpe en plats : chacun a son goût, mais l'ensemble forme un seul repas. Le premier, Un poco sostenuto puis Allegro, est le plat le plus lourd, sombre et tendu, en do mineur. Viennent ensuite l'Andante sostenuto, tout en douceur, puis le Un poco allegretto e grazioso, léger et plein de grâce, deux moments où tu respires avant la suite. Le finale, Adagio, Più andante, puis Allegro non troppo, ma con brio, part du doute et arrive à un do majeur éclatant.

Un air de famille un peu gênant

Dans le finale, le grand thème en forme d'hymne ressemble à l'Ode à la joie de la Neuvième de Beethoven. Les gens me l'ont fait remarquer très vite, et j'ai répondu avec désinvolture. On raconte que j'aurais ajouté que n'importe quel âne s'en rendait compte, même si les mots exacts restent incertains. Pour moi, deux mélodies peuvent se ressembler sans que l'une soit la copie de l'autre.

La Dixième de Beethoven, rien que ça

En 1877, le chef d'orchestre Hans von Bülow a surnommé ma symphonie la Dixième de Beethoven. Dit ainsi, cela ressemblait à un compliment. Moi, je venais de passer vingt ans à essayer de ne pas ressembler à Beethoven, et on me collait son numéro sur mon étiquette ! Avec le recul, je veux bien admettre que c'était gentil, mais sur le moment, ça m'a un peu piqué.

Trois notes qui descendent

Toute la symphonie repose sur une chaîne de tierces descendantes, qui est un peu ma signature. Tu ne les remarques pas forcément, mais elles font circuler une même idée d'un mouvement à l'autre. Pour porter tout cela, j'ai prévu un grand orchestre : des bois par deux, un contrebasson, quatre cors, des trompettes, des trombones, des timbales et toutes les cordes. C'est un son ample, plus sombre que brillant.

De l'autre côté de l'Atlantique

La symphonie a voyagé plus vite que je ne l'imaginais. Le 15 décembre 1877, Leopold Damrosch l'a dirigée au Steinway Hall, à New York, pour la première américaine. Un peu plus d'un an après Karlsruhe, mon travail de vingt ans était déjà joué de l'autre côté de l'océan. Cela m'a donné la preuve que la musique n'a pas besoin de passeport.

Une histoire cachée, peut-être

Certains auditeurs y entendent un héros qui traverse les épreuves avant de gagner la lumière. Je n'ai jamais publié le moindre programme, alors tout cela reste de l'interprétation, et personne ne peut te dire ce que j'avais vraiment en tête. Ce que je sais, c'est qu'une exécution dure environ 45 minutes, et que le chemin est bien plus intéressant que la destination. Laisse-toi porter, et tu écriras ta propre histoire.
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Voilà, tu connais maintenant le long chemin qui m'a mené à ma Symphony No 1. J'ai mis longtemps à l'achever, et quand je l'ai terminée en septembre 1876, j'avais 43 ans. Je crois que cette patience a donné à la musique une certaine profondeur, comme si chaque année d'hésitation y avait laissé sa trace. Un an plus tard, Hans von Bülow l'a appelée « la Dixième de Beethoven », et je ne sais toujours pas si je dois y voir un compliment ou un fardeau. Quoi qu'il en soit, je suis heureux qu'elle ait trouvé son public. Tu as aimé découvrir l'histoire de ma Symphony No 1 ? Il reste encore beaucoup à explorer dans cette œuvre. Tu peux par exemple écouter comment la chaîne de tierces descendantes, que je reprends sans cesse, tient l'ensemble du début à la fin. Tu peux aussi suivre le chemin qui mène du do mineur sombre du début au do majeur lumineux de la fin. Je t'invite à cliquer sur les liens ci-dessous pour aller plus loin avec ma Symphony No 1. Prends ton temps, et écoute-la comme si tu la découvrais pour la première fois.