Les mains en désaccord avec la Fantaisie-Impromptu de Chopin
Les coulisses
Fantaisie-Impromptu in C-sharp minor, Op. 66

Je suis Chopin, et voici l'histoire de ma Fantaisie-Impromptu. Tu vas découvrir comment cette pièce, écrite vers 1834, est restée dans mes tiroirs, et comment mon ami Julian Fontana l'a enfin fait paraître en 1855, six ans après ma mort. Sur ce site, mes confrères et moi t'aidons aussi à reconnaître nos pièces dès les premières notes, alors si l'envie te prend, l'entraînement t'attend .
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Un jeune homme très occupé
En 1834, j'habite Paris depuis trois ans déjà, et la ville me convient bien. Je gagne correctement ma vie en publiant mes pièces et en donnant des leçons à des élèves fortunés. Je joue rarement en public, parce que je me sens bien plus à l'aise dans un salon que dans une grande salle. C'est dans ce quotidien de leçons et de partitions que naît ma Fantaisie-Impromptu.Une année pleine de voyages
Cette année-là, je quitte Paris pour le festival de musique de la Rhénanie inférieure, à Aix-la-Chapelle, avec mon ami Ferdinand Hiller. Je rencontre aussi Mendelssohn à Düsseldorf, et nous avons beaucoup de choses à nous dire entre musiciens. Je compose la pièce en 1834, même si certains la datent plutôt de 1834 à 1835. Autant dire que je n'ai pas laissé la poussière s'installer sur mon piano.Une page au nom d'une baronne
Un manuscrit daté de 1835 porte, sur sa page de titre, la mention « Composed for the Baroness d'Este by Frédéric Chopin ». Ce n'est pas une dédicace imprimée, seulement une ligne écrite à la main sur un album. Cette baronne est donc la seule personne dont le nom reste attaché à la naissance de la pièce. Pour le reste, il faut se contenter de ce que le papier veut bien raconter.La théorie d'Arthur Rubinstein
Arthur Rubinstein pensait que cette formulation désigne une commande payée. Dans ce cas, la pièce appartenait à la baronne, et cela expliquerait pourquoi je ne l'ai jamais fait publier. Rubinstein a acheté l'album d'Este en 1960, lors d'une vente aux enchères à Paris. Il a ensuite publié le manuscrit en 1962 chez G. Schirmer, ce qui prouve qu'un bon pianiste sait aussi flairer une bonne affaire.Un air de famille un peu gênant
Personne ne sait vraiment pourquoi je l'ai gardée dans mes tiroirs. Certains y voient une trop grande ressemblance avec la Sonate « Clair de lune » de Beethoven, elle aussi en do dièse mineur. Ernst Oster a relevé un trait et une cadence semblables dans le finale, et une section en ré bémol majeur qui rappelle le deuxième mouvement de la sonate. Je laisse chacun juger si c'est un hommage ou une dette.Un autre voisin dans la bibliothèque
Il existe aussi un cousin plus discret, l'Impromptu en mi bémol majeur, op. 89, d'Ignaz Moscheles. Il a été publié en 1834, l'année même où j'écris ma pièce. Ma Fantaisie-Impromptu lui ressemble par certains traits, et c'est une raison de plus de se demander pourquoi je l'ai retenue. Entre pianistes de la même ville, on s'écoute forcément un peu les uns les autres.Le vœu que mon ami n'a pas suivi
Sur mon lit de mort, j'ai demandé que tous mes manuscrits inédits soient détruits. Julian Fontana, mon ami parisien, qui était à la fois mon copiste et l'homme à tout faire de mes partitions, ne s'y est pas résolu. Ma mère et mes sœurs lui ont demandé de choisir parmi mes pièces non publiées, et il en a retenu vingt-trois. Je suis mort en 1849, et c'est en 1855 que ma Fantaisie-Impromptu est enfin parue sous sa direction.Un numéro d'opus qui ment un peu
Fontana a réuni ces vingt-trois pièces sous les numéros d'opus 66 à 73, et la mienne ouvre la série avec le numéro 66. Ce chiffre laisse croire à une œuvre tardive alors qu'elle date de ma jeunesse parisienne. Je ne suis d'ailleurs pas certain que le mot « Fantaisie » du titre vienne de moi, et cela me paraît peu probable. Deux éditions sont sorties la même année, l'une à Paris chez Meissonnier et l'autre à Berlin chez Schlesinger.Les détails que Fontana a changés
Mon manuscrit et le texte imprimé par Fontana diffèrent sur plusieurs détails. Pourtant, c'est la version de Fontana que l'on joue le plus souvent aujourd'hui. Vers la fin, le Presto relance la course avant de laisser revenir, dans certaines partitions, un dernier Allegro agitato. Même James Huneker, qui trouvait certains passages « mawkish », reconnaissait qu'on ne pouvait pas l'ignorer.Une pièce qui a fait son chemin
Aujourd'hui, ma Fantaisie-Impromptu compte parmi mes pièces les plus jouées et les plus aimées. Federico Mompou la cite dans la dixième de ses Variations sur un thème de Chopin. George Crumb la fait surgir à trois reprises dans Makrokosmos, Vol. 1, no 11, comme un souvenir qui revient malgré lui. Je ne l'avais pas voulue publique, et elle est devenue l'une des pièces que l'on reconnaît le plus vite.---
Voilà, tu connais maintenant l'histoire qui entoure ma Fantaisie-Impromptu. Je l'ai écrite sans jamais la publier, et c'est Julian Fontana qui l'a fait paraître en 1855, six ans après ma mort. Pourquoi l'ai-je gardée dans mes tiroirs ? Personne ne le sait vraiment, et je trouve que ce petit mystère lui va bien. Elle a fini par trouver son chemin jusqu'à toi, et c'est tout ce qui compte. As-tu aimé découvrir les coulisses de la Fantaisie-Impromptu ? Il reste encore bien des choses à explorer autour de cette pièce, que ce soit dans la manière dont elle est construite ou dans les échos qu'elle a trouvés chez d'autres musiciens. Si l'envie te prend d'aller plus loin, clique sur les liens proposés sur cette page, et laisse-toi guider là où la curiosité t'emmène.
