Une flèche au cœur avec Sylvia de Delibes
Les coulisses

Sylvia, ou La nymphe de Diane, ballet in three acts (1876)

Delibes raconte les coulisses de l'œuvre « Sylvia »
Je suis Léo Delibes, et je te raconte ici l'histoire de Sylvia, mon ballet créé à l'Opéra de Paris en 1876. Tu vas découvrir pourquoi une nymphe qui se moque de l'amour finit par se laisser toucher, et comment la déesse Diane elle-même s'adoucit en se souvenant d'un berger. Mes confrères et moi t'apprenons aussi, sur ce site, à reconnaître nos morceaux dès que tu les entends, alors  viens essayer l'entraînement  quand tu veux.
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Ici, personne ne chante

Commençons par un malentendu fréquent : Sylvia n'est pas un opéra, c'est un ballet en trois actes. Personne n'y chante, et ce sont les danseurs et l'orchestre qui se partagent toute la conversation. Le titre complet est Sylvia, ou La nymphe de Diane, ce qui annonce déjà des forêts et des déesses. Si tu as déjà essayé de raconter une histoire uniquement avec les mains, tu vois à peu près le défi que je m'étais donné.

Un élève du maître de Giselle

J'ai fait mes études au Conservatoire de Paris, auprès d'Adolphe Adam, qui avait écrit Giselle. Ensuite j'ai travaillé comme chef de chœur à l'Opéra de Paris, et j'y ai appris le théâtre de l'intérieur, dans les coulisses. Plus tard, à partir de 1881, j'ai enseigné la composition au Conservatoire. Autant dire que j'ai passé ma vie entre les partitions, les chanteurs et les élèves.

Après Coppélia, on m'attendait

En 1870, mon ballet Coppélia avait vu le jour, et six ans plus tard, on espérait de moi une nouvelle réussite. Pour Sylvia, j'ai choisi un tout autre décor, fait de forêts, de chasseresses et de dieux. Je voulais que la musique y respire largement, qu'elle ait de la place pour chanter même sans voix. Je dois avouer que ce n'était pas un petit pari pour un compositeur de ballets.

Un vieux poète italien dans mes bagages

Le livret est de Jules Barbier et du baron de Reinach, qui se sont inspirés d'Aminta, une pièce de Torquato Tasso. C'est ce qu'on appelle une pastorale, c'est-à-dire un monde de bergers et de nymphes où l'on soupire beaucoup sous les arbres. Les librettistes en ont tiré une histoire pour la danse, avec de l'action, de la poursuite et de la magie. Moi, je n'avais plus qu'à mettre tout cela en musique, ce qui est une façon modeste de décrire des mois de travail.

Quatre personnages et un malentendu

Il y a d'abord Sylvia, une nymphe chasseresse qui se consacre entièrement à la déesse Diane. Il y a ensuite Aminta, un berger, et Orion, un chasseur dont les idées sont très différentes des siennes. Et au-dessus de tout ce petit monde veille Éros, le dieu de l'amour, qui n'aime pas beaucoup qu'on l'oublie. Quand on prétend se passer de l'amour, il vaut mieux ne pas le provoquer, mais je ne t'en dis pas plus.

Rideau sur le Palais Garnier

La première a eu lieu le 14 juin 1876 à l'Opéra de Paris, dans le Palais Garnier. Louis Mérante avait réglé la chorégraphie, et il dansait aussi le rôle d'Aminta, ce qui lui évitait de se plaindre de ses propres pas. Rita Sangalli, elle, était Sylvia, et tout reposait sur sa légèreté. Dans la salle, les spectateurs découvraient ma musique en même temps que l'histoire.

Pas de triomphe immédiat

Je ne vais pas te raconter un succès éclatant dès le premier soir, car ce serait inexact. Le ballet a plu modérément, et les réactions étaient partagées. Selon les récits, la critique l'aurait reçu avec froideur ou avec chaleur, et personne ne sait vraiment trancher. Il m'a donc fallu accepter que certaines œuvres prennent leur temps pour trouver leur public.

Le compliment de Tchaikovsky

En 1877, Tchaikovsky a écrit que c'était le premier ballet dont la musique n'était pas seulement l'intérêt principal, mais l'unique intérêt. Venant d'un autre compositeur de ballets, ce jugement m'a fait un plaisir considérable. On raconte même, sous plusieurs formes, qu'il aurait renoncé à écrire Le lac des cygnes s'il avait connu Sylvia, mais personne ne peut le garantir. Ce qui est sûr, c'est que ce compliment venait de quelqu'un qui s'y connaissait en ballet.

Tout l'orchestre est de la fête

J'ai écrit Sylvia pour un grand orchestre, avec des bois, des cuivres, des percussions, une harpe et les cordes. La partition a été publiée à Paris par Heugel. En 1880, on a tiré du ballet une suite de quatre pièces : Prélude - Les chasseresses, Intermezzo et Valse lente, Pizzicati et Cortège de Bacchus. C'est souvent ainsi que les gens font connaissance avec ma musique, sans même savoir qu'une histoire se cache derrière.

La nymphe n'a pas fini de danser

Longtemps après moi, Frederick Ashton a créé sa propre version de Sylvia pour le Royal Ballet, en 1952, au Royal Opera House. Margot Fonteyn et Michael Somes y tenaient les rôles principaux. Cela prouve qu'une histoire de forêt et de dieux peut encore attirer les chorégraphes bien des années plus tard. Et si tu veux savoir si la fière Sylvia échappera à l'amour, il faudra écouter la musique jusqu'au bout.
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Voilà, tu connais maintenant un peu mieux l'histoire de Sylvia. Quand je repense à la création de juin 1876, je me souviens que l'accueil est resté mitigé. Il a fallu un peu de temps pour que cette musique trouve tous ses auditeurs. En 1877, Tchaikovsky a écrit que c'était le premier ballet où la musique n'était pas seulement l'intérêt principal, mais le seul. Ce compliment m'a beaucoup touché, d'autant que j'avais déjà écrit Coppélia en 1870 et que je ne voulais pas me répéter. Alors, ça t'a plu de découvrir les coulisses de Sylvia ? Je l'espère, car il reste encore bien des choses à explorer autour de cette partition. Tu peux par exemple te pencher sur la suite d'orchestre tirée du ballet en 1880, ou sur la nouvelle version que Frederick Ashton a réglée en 1952 pour le Royal Ballet, avec Margot Fonteyn et Michael Somes. Clique sur les liens ci-dessous pour poursuivre ta promenade dans ma forêt, et prends ton temps : elle est bien plus agréable quand on s'y attarde.