Toques en l'air avec Pomp and Circumstance March No 1 d'Elgar
Les coulisses
Pomp and Circumstance March No. 1 in D major, Op. 39 No. 1

Je suis Edward Elgar, et je te raconte ici l'histoire de ma Pomp and Circumstance March No 1. Tu vas découvrir comment la mélodie de son trio, écrite en 1901, a reçu des paroles l'année suivante pour une ode destinée au couronnement du roi Edward VII. Sur ce site, mes confrères et moi t'apprenons aussi à reconnaître nos œuvres dès qu'elles résonnent, alors tente l'entraînement pour voir !
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Un compositeur qui commence à compter
En 1901, j'ai 44 ans et je ne suis plus tout à fait un inconnu. Les Enigma Variations en 1899, puis The Dream of Gerontius en 1900, ont fait de mon nom un nom qu'on cite volontiers en Angleterre. Ma femme Alice s'occupe de mes affaires et de mon courrier mondain, ce qui me laisse le temps d'écrire. Sans elle, je crois que j'oublierais la moitié de mes rendez-vous.Un titre emprunté à Shakespeare
Les mots « Pomp and Circumstance » viennent d'Othello, de Shakespeare, à l'acte 3, scène 3. Je trouvais qu'ils avaient exactement la solennité qu'il me fallait. Pour moi, ce n'est pourtant qu'un « simple nom générique » qui sert à regrouper toute une série de marches. Inutile donc de chercher un programme caché derrière : c'est une étiquette, pas une histoire.Un numéro un qui a des frères et sœurs
Si tu crois que « Pomp and Circumstance » désigne une seule pièce, il faut corriger : celle-ci est la première d'une série, l'opus 39. Son nom complet est Pomp and Circumstance March No. 1 in D major, Op. 39 No. 1, et oui, il faut reprendre son souffle pour le dire. J'ai terminé cinq marches, et une sixième a été achevée plus tard par Anthony Payne. Celle-ci reste la plus célèbre de la famille.Une dédicace avec une adresse
Je dédie cette marche à Alfred E. Rodewald et à la Liverpool Orchestral Society. Mettre un nom en tête d'une partition, c'est une manière de dire merci sans faire de discours. Cette dédicace regarde vers Liverpool, et c'est justement là que la marche va sonner pour la première fois. Une musique voyage rarement sans avoir déjà une adresse.Une première à Liverpool, et une dispute de bâton
La création a lieu le 19 octobre 1901 au Philharmonic Hall de Liverpool, dans un concert qui comprend aussi la Marche No 2. D'après le Liverpool Mercury du 21 octobre, c'est moi qui dirige la marche, tandis que Rodewald mène le reste du programme. Pourtant, on a longtemps raconté l'inverse, car Jerrold Northrop Moore a écrit en 1984 que Rodewald avait dirigé. Les recherches plus récentes me rendent le bâton, et je n'ai aucune envie de les contredire.Un orchestre qui n'a pas fait les choses à moitié
Pour cette marche, je sors le grand orchestre : deux piccolos, quatre cors, trois timbales et deux harpes. J'y ajoute de la grosse caisse, des cymbales et même des grelots, ce qui donne à l'ensemble un éclat de fête. L'orgue, lui, reste sagement muet presque tout du long. Il n'entre que dans la dernière présentation du trio, comme l'invité qui arrive au dessert et que tout le monde regarde.Un plan facile à suivre, même sans partition
La construction est simple : une marche rapide, répétée, puis un passage qui fait le pont. Vient ensuite le trio, la partie chantante, répété lui aussi. Je le reprends alors plus largement en ré majeur, la tonalité de départ. Et je termine en rappelant la marche du début, comme on se retourne sur le pas de la porte pour un dernier salut.Une mélodie qui trouve des paroles
En 1902, je réutilise la mélodie du trio dans ma Coronation Ode pour le roi Edward VII, sur des paroles d'A. C. Benson. La mélodie n'était donc pas née avec des mots : elle a attendu un an après la marche pour en recevoir. On raconte souvent que c'est le roi lui-même qui aurait suggéré de chanter cet air, mais personne ne sait vraiment le prouver. Ce qui est sûr, c'est que cette idée allait donner à ma mélodie une seconde vie, bien plus large que la première.Un couronnement retardé, une chanson qui s'envole
Le couronnement est repoussé parce que le roi tombe malade, et ma mélodie se retrouve sans cérémonie. J'en fais alors une chanson à part, « Land of Hope and Glory », que Clara Butt chante pour la première fois en juin 1902. Depuis, c'est sous ce nom qu'on reconnaît le trio, surtout lors de la Last Night of the Proms. Quant à la marche elle-même, elle est jouée à chaque saison des Proms depuis 1944.Le jour où ma marche est allée à l'école
Je n'ai jamais écrit cette marche pour des remises de diplômes. Tout commence à Yale le 28 juin 1905, quand on me remet un doctorat honoris causa et qu'on joue ma musique pour l'occasion, un an après que j'ai été fait chevalier. Aux États-Unis, au Canada et aux Philippines, elle s'appelle désormais « Pomp and Circumstance » ou la marche des diplômés. Elle accompagne la plupart des cérémonies, et des générations d'étudiants ont ainsi avancé vers leur diplôme au rythme de mon trio.---
Voilà, tu connais maintenant un peu mieux l'histoire de ma Pomp and Circumstance March No 1, de ses débuts à Liverpool jusqu'aux cérémonies de remise de diplômes. Cette marche a pris des chemins que je n'avais pas imaginés en l'écrivant en 1901, et je trouve cela plutôt touchant. Alors, as-tu aimé découvrir les coulisses de cette marche ? Il reste pourtant bien d'autres facettes à explorer, que ce soit la façon dont elle est construite, les instruments qui la font vivre ou la manière dont chaque pays se l'est appropriée. Si l'envie te prend d'aller plus loin, tu peux cliquer sur les liens proposés sur la page pour poursuivre ta découverte de la Pomp and Circumstance March No 1. Je t'y attends avec plaisir.
