Un roulement de timbales pour le Piano Concerto in A Minor de Grieg
Les coulisses
Piano Concerto in A minor, Op. 16

Bonjour, je m'appelle Edvard Grieg et je vais te raconter comment est né mon Piano Concerto in A Minor. Tu découvriras pourquoi cette partition écrite pendant un été heureux au Danemark m'a quand même obsédé au point d'y retoucher l'orchestration jusqu'à la fin de ma vie. Sur ce site, nous t'aidons aussi, mes confrères compositeurs et moi, à reconnaître nos morceaux quand tu les entends : n'hésite pas à tester notre module d'entraînement .
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Des vacances d'été plutôt studieuses
J'ai composé mon Piano Concerto in A Minor pendant l'été 1868, alors que je n'avais que vingt-cinq ans. Je m'étais installé au vert à Søllerød, au Danemark, avec ma femme Nina Hagerup et notre toute petite fille Alexandra, née en avril. Personne ne m'avait commandé cette partition, mais le calme de la campagne danoise et le bonheur de ma jeune vie de famille m'ont donné des ailes. Pendant que le bébé faisait ses siestes, je noircissais du papier à musique avec l'énergie d'un jeune homme qui a mille idées à la minute.Mon grand modèle et ma touche norvégienne
Pour construire une œuvre d'une telle ampleur, je me suis beaucoup inspiré de Robert Schumann et de son propre concerto dans la même tonalité. Certains s'imaginent d'ailleurs que j'ai copié son début note pour note, mais c'est mal écouter nos deux partitions. Chez moi, après le coup d'éclat de l'orchestre, le piano descend avec un petit intervalle typique des chants de ma Norvège natale. C'est un peu comme emprunter la coupe d'un costume à un ami admiré, mais en le taillant dans une bonne laine du Nord.Une histoire de dédicace et d'amitié
Au départ, je voulais dédier cette œuvre à la mémoire de mon grand ami Rikard Nordraak, un compositeur norvégien disparu bien trop tôt. C'est pourtant le nom du pianiste Edmund Neupert qui s'est retrouvé imprimé en haut de la partition publiée. Il faut dire qu'il a préparé la création avec un dévouement admirable, et les historiens se demandent même encore s'il ne m'a pas soufflé quelques idées pour la grande cadence du premier mouvement cet été-là. Quand quelqu'un défend votre musique avec autant de cœur dès le premier jour, un joli coup de chapeau sur la couverture est la moindre des politesses.Trois actes comme au théâtre
Si tu n'as pas l'habitude des concerts classiques, dis-toi qu'un concerto est découpé en grandes parties qu'on appelle des mouvements, exactement comme les trois services d'un bon repas. Le premier, I. Allegro molto moderato, ouvre l'appétit avec un dialogue passionné entre le soliste et l'orchestre, où des thèmes pleins d'élan alternent avec une mélodie très chantante confiée aux violoncelles. Ensuite, le II. Adagio apporte un moment de pure rêverie où le piano finit par rejoindre l'orchestre avec de grandes envolées, avant de s'enchaîner sans la moindre pause avec la suite. Enfin, le III. Allegro moderato molto e marcato lance tout le monde dans le rythme athlétique du halling, une danse folklorique norvégienne, imite le son rustique de notre violon traditionnel d'Hardanger et se termine dans un grand triomphe en la majeur.Une grande première sans le père
La toute première exécution a eu lieu le 3 avril 1869 au Casino Theatre de Copenhague, sous la baguette du chef Holger Simon Paulli. Aussi curieux que cela puisse paraître, je n'étais même pas dans la salle pour applaudir Edmund Neupert ce soir-là. J'étais retenu en Norvège par mes propres engagements de chef d'orchestre à Christiania, la ville que tu connais aujourd'hui sous le nom d'Oslo. J'ai donc dû ronger mon frein à distance en attendant que le courrier m'apporte enfin des nouvelles du concert.Le coup de pouce d'un géant russe
Heureusement, mon absence à Copenhague a été largement compensée par la présence d'un invité de marque dans le public. Le célèbre virtuose russe Anton Rubinstein était de passage en ville et a voulu assister à cette fameuse création. Mieux encore, il a gentiment prêté son propre piano de tournée à Edmund Neupert pour que mon œuvre sonne sur le meilleur instrument possible. Quand un maître pareil vous prête ses outils sans même vous connaître, c'est déjà un fameux gage de confiance.L'examen de passage à Rome
Un an plus tard, en 1870, je suis parti à Rome avec mon manuscrit sous le bras pour rendre visite à l'illustre Franz Liszt. J'étais assez intimidé, mais il s'est assis à son piano et a déchiffré toute ma partition à première vue, sans avoir jamais posé les yeux dessus auparavant. Plus tard, après que l'éditeur E. W. Fritzsch a publié l'œuvre à Leipzig en 1872, j'ai même essayé une idée de Franz Liszt en confiant le second thème du premier mouvement à la trompette. Finalement, j'ai trouvé que mes chers violoncelles chantaient cette mélodie avec beaucoup plus de tendresse, et je leur ai rendu leur bien dans ma version définitive.Le syndrome de la retouche éternelle
Cette histoire de trompette n'est d'ailleurs qu'un détail parmi toutes les retouches que j'ai fait subir à cette pauvre partition. Entre sa naissance et la dernière édition publiée peu avant ma mort en 1907, je l'ai révisée au moins sept fois. En tout, j'ai apporté plus de trois cents modifications à l'orchestration, changeant une flûte par-ci ou un coup de timbale par-là. Je me comportais un peu comme un peintre qui ne peut pas s'empêcher de sortir son pinceau chaque fois qu'il passe devant son tableau dans le salon.Un enfant unique dans mon catalogue
Malgré tout le succès que cette œuvre m'a apporté, mon opus 16 est resté le seul et unique concerto que j'aie jamais mené jusqu'au bout. En 1883, j'ai bien essayé de me remettre à la tâche en esquissant un second concerto pour piano, cette fois en si mineur. Mais l'inspiration n'avait plus la même fraîcheur qu'à mes vingt-cinq ans, et j'ai fini par laisser ce projet inachevé dans mes tiroirs. Après tout, quand on a réussi à dire tout ce qu'on avait sur le cœur dès le premier essai, il est parfois plus sage de ne pas insister.Des salles de concert au salon de télévision
Bien après mon époque, mon concerto a continué à vivre des aventures que je n'aurais jamais pu imaginer depuis mon petit village danois. En 1961, un certain Jimmy Wisner en a même tiré une chanson populaire très entraînante appelée Asia Minor. Dix ans plus tard, en 1971, les humoristes Morecambe et Wise se sont amusés à le massacrer joyeusement à la télévision britannique pour Noël, sous le regard médusé du chef André Previn. Voir ma musique faire sourire des millions de gens autour de leur sapin prouve au moins qu'elle n'a pas pris une ride.---
Ça t'a plu de plonger avec moi dans les coulisses de mon Piano Concerto in A Minor ? Tu verras qu'il reste encore bien d'autres facettes de mon Piano Concerto in A Minor à découvrir. Je t'invite à suivre les liens sur cette page si tu as envie d'aller encore plus loin dans l'exploration de mon Piano Concerto in A Minor.
