Debout pour le Hallelujah de Händel
Les coulisses
Messiah, HWV 56: Hallelujah Chorus

Je suis Händel, et voici l'histoire de mon Hallelujah. Tu vas découvrir comment ce chœur est né à Dublin, au cœur d'un oratorio écrit en seulement vingt-quatre jours, et pourquoi cette course contre le temps donne encore tant d'élan à ces quelques minutes. Avec mes collègues compositeurs, je t'apprends aussi, sur ce site, à reconnaître nos œuvres dès les premières mesures, alors lance-toi dans l'entraînement et vois si tu m'identifies.
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Une invitation venue d'Irlande
Un jour, on m'invite à Dublin pour y donner une série de six divertissements musicaux. Il me faut une œuvre nouvelle pour l'occasion. Je me lance donc dans Messiah, un oratorio, c'est-à-dire une grande œuvre pour chœur, solistes et orchestre, racontée sans décors ni costumes. Le Hallelujah n'est pas une chanson qui vivrait seule dans son coin : c'est un chœur à l'intérieur de cette vaste œuvre, qui compte trois parties.Vingt-quatre jours, pas un de plus
J'écris tout Messiah en 1741, entre la fin du mois d'août et la mi-septembre, soit en vingt-quatre jours. Pour une œuvre de cinquante-trois mouvements, c'est un rythme que je ne conseille à personne. C'est un peu comme préparer un banquet pour toute la famille en ne s'accordant que le temps d'une petite semaine de courses. Quand on écrit à cette vitesse, on n'a guère le loisir de douter, et je crois qu'on sent encore cet élan aujourd'hui.Un ami qui connaissait sa Bible sur le bout des doigts
Les paroles ne sont pas de moi : c'est Charles Jennens, né en 1700, qui a rassemblé des textes tirés de la Bible pour en faire un livret. Pour le Hallelujah, il a puisé dans le Livre de l'Apocalypse, à trois endroits différents. Ce sont des phrases courtes, pleines de force, qui proclament qu'un roi règne pour toujours. Pour un compositeur, c'est un cadeau, parce que ces mots semblent déjà demander qu'on les crie en chœur.Pâques, et non Noël
Voici une chose qui surprend souvent : je n'ai pas du tout pensé à Noël en composant Messiah. L'œuvre était prévue pour la période de Pâques. Si tu l'entends aujourd'hui surtout en décembre, c'est que l'habitude s'est installée bien après moi. Je ne m'en plains pas, mais je tenais à remettre le calendrier à l'endroit.Une première qui n'a pas eu lieu à Londres
Beaucoup de gens imaginent que Messiah a d'abord été joué à Londres, et ce n'est pas le cas. La première a lieu à Dublin, le 13 avril 1742, dans la salle de musique de Neale, dans Fishamble Street. Le concert est donné au profit de prisonniers endettés, de l'hôpital Mercer et de l'Infirmerie de la Charité. Autrement dit, mon œuvre commence sa carrière en rendant service, ce qui me réjouit encore.Des robes sans cerceaux, s'il vous plaît
Comme on attendait beaucoup de monde, on a demandé aux dames de venir sans cerceaux sous leurs robes. Cela laissait de la place pour davantage de spectateurs. Sur scène, parmi les solistes, il y avait notamment Christina Maria Avoglio et Susannah Cibber. Je garde un bon souvenir de ce public serré, aux robes un peu moins amples que d'habitude.Londres fait la moue
Je retrouve Londres avec Messiah le 23 mars 1743, au Covent Garden. L'accueil est plutôt frais du côté des critiques. Certains hommes d'Église n'aiment pas non plus qu'on chante des textes sacrés dans un théâtre. Il a fallu un peu de patience, mais l'œuvre a fini par conquérir tout le monde.L'histoire du roi qui se lève
Tu as peut-être entendu dire que le roi George II s'est levé pendant le Hallelujah, et que tout le public l'a imité. Les sources ne sont pas d'accord sur le moment, certaines parlent de la première à Londres, d'autres d'une représentation ultérieure. Il n'existe d'ailleurs aucune preuve que ce roi ait jamais assisté à une exécution de Messiah, donc l'histoire est, disons, une jolie légende. Ce qui est sûr, c'est que la plus ancienne mention écrite d'un public debout date de 1756, et que la coutume est restée.Un ciel tout entier, ou presque
À la fin du manuscrit, j'ai écrit les lettres SDG, pour Soli Deo Gloria, c'est-à-dire « à Dieu seul la gloire ». On raconte aussi qu'un de mes serviteurs m'aurait entendu dire que j'avais vu le ciel tout entier devant moi en écrivant ce chœur. Personne n'a de preuve solide de cette phrase, alors je te laisse la ranger parmi les belles histoires. Ce qui est certain, c'est que la musique donne l'impression d'une porte grande ouverte sur quelque chose de très vaste.Un succès qui a traversé l'océan
À partir de 1750, Messiah est joué presque chaque année à l'hôpital des Enfants-Trouvés de Londres. En 1759, l'année de ma mort, mon dernier concert en tant que spectateur est justement un Messiah au Covent Garden. Bien plus tard, le jour de Noël 1818, la Handel and Haydn Society de Boston en donne la première exécution américaine. Je vivais à Mayfair, dans Brook Street, là où se trouve aujourd'hui un musée, et je suis ravi que tant de gens continuent de se lever pour m'écouter.---
Voilà, tu connais maintenant l'histoire de mon Hallelujah, de l'invitation à Dublin jusqu'aux dernières notes. Quand j'ai terminé le manuscrit, j'ai écrit à la fin les lettres SDG, pour Soli Deo Gloria, comme une façon de dire que tout cela ne m'appartenait pas tout à fait. Je repense parfois au chemin parcouru par ce chœur. On l'a joué à Dublin en 1742, puis à Londres, et en 1759 j'ai assisté une dernière fois à un Messiah au Covent Garden, avant de m'éteindre. Je trouve beau de savoir que ces quatre minutes continuent de rassembler des gens bien après moi. Alors dis-moi, as-tu aimé découvrir les coulisses de mon Hallelujah ? Il y a encore bien des choses à explorer autour de cette musique, par exemple la tradition de se lever pendant le chœur, dont on raconte beaucoup d'histoires, ou la manière dont mes voix et mes trompettes se répondent. Si tu as envie d'aller plus loin, clique sur les liens proposés pour poursuivre ta découverte du Hallelujah. Je serai content de t'y retrouver.
