Sur le divan avec le Piano Concerto No 2 de Rachmaninoff
Les coulisses

Piano Concerto No. 2 in C minor, Op. 18

Rachmaninoff raconte les coulisses de l'œuvre « Piano Concerto No 2 »
Je suis Sergei Rachmaninoff, et je te raconte ici l'histoire de mon Piano Concerto No 2. Tu vas découvrir comment une œuvre née après une longue période de doute a fini, en novembre 1901, par être jouée en entier à Moscou, avec moi au piano. Quand tu voudras,  lance-toi dans l'entraînement  : sur ce site, mes confrères et moi t'apprenons aussi à reconnaître nos œuvres dès que tu les entends.
---

Quand la symphonie tombe de haut

En mars 1897, ma Première Symphonie est jouée pour la première fois, et c'est un échec. Je le prends très mal, je m'effondre, et pendant environ trois ans j'écris très peu. Un compositeur qui n'arrive plus à composer, c'est un peu un boulanger que l'odeur du pain finit par écœurer. C'est de là que part le Concerto, et il faut le savoir pour comprendre pourquoi sa joie est si méritée.

Une visite qui n'arrange rien

En 1899, je rends visite à Leo Tolstoy, et j'en repars encore plus abattu qu'avant. Mes proches s'inquiètent et m'envoient chez un neurologue, Nikolai Dahl. Je n'y vais pas en sautillant, tu t'en doutes. Pourtant, cette porte-là est exactement celle qui va me ramener vers la musique.

Dormez, jeune homme, et composez

De janvier à avril 1900, Dahl me reçoit tous les jours, avec de l'hypnose et beaucoup de paroles rassurantes. Cela paraît étrange, mais ça marche : je retrouve ma santé et ma confiance. Quand le Concerto est terminé, je le lui dédie, c'est la moindre des choses. Chaque pianiste qui l'ouvre joue donc aussi, sans le savoir, un petit merci adressé à un médecin.

Des vacances qui travaillent

En juin 1900, je séjourne en Italie avec Feodor Chaliapin. Là-bas, j'écris le duo d'amour de mon opéra Francesca da Rimini. Je commence aussi le deuxième et le troisième mouvement du Concerto. Le soleil italien m'a fait plus de bien que bien des conseils.

Un repas en trois services

Un concerto se découpe en grandes parties qu'on appelle des mouvements, un peu comme un repas qui se déroule en plusieurs plats, avec une courte pause entre chacun. Le premier, le Moderato, avance à allure modérée en do mineur, et c'est le plus grave des trois. Le deuxième, l'Adagio sostenuto, ralentit en mi majeur et laisse toute la place à la tendresse. Le troisième, l'Allegro scherzando, est vif et enjoué, il part de do mineur et finit en do majeur.

Le début, toujours le plus dur

Le premier mouvement me donne du fil à retordre, alors je le termine en dernier, au début de 1901. C'est assez curieux : la première page du Concerto est l'une des dernières que j'écris. Heureusement, mon cousin Alexander Siloti me soutient financièrement. Je peux donc composer sans me soucier du loyer, ce qui aide beaucoup l'inspiration.

Deux premières pour le prix d'une

Le 15 décembre 1900, à Moscou, dans la Salle de la Noblesse, on joue le deuxième et le troisième mouvement : je suis au piano et Siloti dirige. Cela me permet d'essayer le Concerto par morceaux avant de le présenter en entier. L'œuvre complète résonne pour la première fois le 9 novembre 1901, lors d'un concert de la Société philharmonique de Moscou, avec la même distribution. Si quelqu'un te dit que le Concerto a été créé en 1900, tu peux lui répondre gentiment qu'il n'en a entendu que deux tiers.

L'Amérique fait la moue

Le 8 novembre 1909, je joue le Concerto à Philadelphie avec le Boston Symphony Orchestra, sous la direction de Max Fiedler. C'est mon entrée en matière avec lui aux États-Unis, mais les critiques se montrent surtout dédaigneux. Ce ne sera pas la dernière fois que les spécialistes font la grimace devant cette musique. Le public, lui, aura toujours un avis très différent.

Cent quarante-trois rendez-vous

En janvier 1902, Siloti joue le Concerto à Leipzig avec l'orchestre du Gewandhaus, sous la direction d'Arthur Nikisch. En 1904, je reçois le prix Glinka, qui comprend 500 roubles pour cette œuvre. Au total, je l'ai joué 143 fois dans ma vie. La dernière fois, c'était au Hollywood Bowl, le 18 juin 1942.

Une seconde vie au cinéma et dans les chansons

Les auditeurs de Classic FM l'ont placé numéro un de leur Hall of Fame en 2023, en 2024 et en 2025. Le cinéma s'en est servi, par exemple dans Brief Encounter en 1945 et dans The Seven Year Itch en 1955. En 1975, Eric Carmen a bâti sa chanson "All by Myself" sur le deuxième mouvement, et Muse s'est inspiré du premier pour "Space Dementia" en 2001. Voilà une musique qui a mis du temps à convaincre les critiques, mais jamais les gens.
---
Voilà, tu connais maintenant l'histoire qui se cache derrière mon Piano Concerto No 2. Elle t'a plu, j'espère ? Pour moi, cette musique raconte surtout comment on peut remonter la pente, doucement, avec un peu d'aide et beaucoup de patience. Mais il y a encore bien des choses à découvrir dans ce concerto, comme la manière dont il a ensuite voyagé jusqu'à des films et des chansons que tu connais peut-être déjà. Tu peux aussi écouter le troisième mouvement, l'Allegro scherzando, qui part de do mineur et finit en do majeur, comme si la lumière revenait enfin tout à fait. Je t'invite donc à cliquer sur les liens proposés pour poursuivre ton exploration du Piano Concerto No 2. Prends ton temps, et reviens quand tu veux : cette musique sera là.