Sur le divan avec le Piano Concerto No 2 de Rachmaninoff
III. Allegro scherzando
Piano Concerto No. 2 in C minor, Op. 18

Je suis Sergei Rachmaninoff, et je vais t'expliquer le III. Allegro scherzando de mon Piano Concerto No 2. Tu vas entendre un finale qui part de do mineur et file vers un do majeur éclatant, et c'est ce chemin vers la lumière qui rend sa conclusion si joyeuse. Pour apprendre à reconnaître nos pièces dès que tu les entends, viens t'exercer ici : mes confrères compositeurs et moi t'y accompagnons sur ce site.
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Un piano, un orchestre et une balle qui change de camp
Si tu n'as jamais écouté de musique classique, retiens seulement ceci : dans le III. Allegro scherzando, tu suis un piano et un orchestre qui se répondent sans arrêt. Le piano est le soliste, celui qui joue les passages brillants et rapides, pendant que les cordes, les bois et les cuivres lui donnent la réplique ou chantent les grandes mélodies. Écoute surtout les moments où les cordes se déploient largement, puis ceux où le piano reprend la main avec des notes qui courent. C'est un peu un match de tennis où personne ne s'ennuie, parce que la balle change de côté à chaque échange.Un titre qui demande de sourire
En italien, Allegro veut dire « vif » et scherzando « en plaisantant ». J'ai donc voulu un mouvement qui avance avec entrain et qui ne se prend jamais trop au sérieux, même quand il démarre en do mineur. Après l'Adagio sostenuto, si recueilli, la musique devait retrouver de l'énergie et un peu de malice. Je l'ai d'ailleurs joué dès décembre 1900 à Moscou avec le deuxième mouvement, mon cousin Alexander Siloti dirigeait, et le premier mouvement n'existait pas encore.Une forme qui a failli me donner des cheveux blancs
Choisir la forme de ce mouvement a été une petite aventure, et j'ai fini par retenir celle de la sonate. Elle se déroule en quatre temps : une exposition, un développement, une réexposition et une coda, un peu comme un récit qu'on présente, qu'on secoue, qu'on retrouve et qu'on conclut. Le chemin général va de do mineur vers do majeur, et c'est ce qui donne au mouvement l'impression de passer de l'ombre à la lumière. Je te prends maintenant par la main, section par section.Section 1 : On démarre en do mineur, sans prévenir
L'exposition s'ouvre en do mineur, avec une énergie vive qui tranche tout de suite avec le calme de l'Adagio sostenuto. Le tempo est rapide, le piano file en traits brillants et l'orchestre le pousse en avant. Le premier thème a quelque chose de décidé, presque de tendu, comme une porte qu'on ouvre d'un coup. Retiens bien cette couleur sombre et pleine d'élan, parce que tout le reste du mouvement va la transformer.Section 2 : Une fenêtre s'ouvre en si bémol majeur
Dans l'exposition, le deuxième thème arrive en si bémol majeur, et l'ambiance change nettement. La mélodie devient plus ample et plus chantante, comme si quelqu'un ouvrait une fenêtre dans une pièce un peu sombre. Le piano et l'orchestre se calment, ils prennent le temps de respirer et de faire sonner cette mélodie. C'est le contraste avec la section précédente qui fait tout le charme de ce moment.Section 3 : Le développement, ou la grande balade
Dans le développement, je prends les idées entendues plus tôt et je les fais voyager. Les tonalités changent, les thèmes se croisent et se transforment, et le piano comme l'orchestre se lancent dans une vraie course. L'ambiance devient plus agitée, avec un sentiment d'attente, comme si la musique cherchait son chemin pour rentrer à la maison. Ne cherche pas à tout reconnaître ici : laisse-toi simplement porter par le mouvement.Section 4 : Le retour, avec un décor repeint
La réexposition ramène les thèmes du début, et tu retrouves avec plaisir ce que tu as déjà entendu. Le premier thème revient avec la même énergie, qui t'est maintenant familière. Le deuxième thème, lui, ne reprend pas sa place d'origine : il apparaît en ré bémol majeur, et sa couleur en devient plus chaude et plus profonde. C'est la même mélodie, mais elle paraît éclairée d'une autre lumière, et c'est ce petit changement qui la rend si touchante.Section 5 : La coda, ou l'arrivée au soleil
La coda est la dernière ligne droite, celle où le mouvement s'élance vers sa conclusion. Après tout ce chemin parti de do mineur, elle se termine en do majeur, et l'ombre du début laisse la place à une lumière franche. L'orchestre et le piano finissent ensemble, dans un grand élan de joie qui me paraissait mérité. Percy Grainger a même tiré de ce mouvement, en 1946, une version pour piano seul, ce qui montre que la musique se défend très bien avec un seul interprète.À toi de jouer, ou plutôt d'écouter
Maintenant, je t'invite à vivre le III. Allegro scherzando par toi-même : appuie sur lecture et laisse la musique t'emporter. Pendant que tu écoutes, repense à ce que nous avons vu ensemble, le passage de do mineur à do majeur, les deux thèmes et leur retour sous une autre lumière. Ne te mets aucune pression, et si tu perds un instant le fil, la musique te rattrapera sans rancune. J'espère que ce voyage à travers mon III. Allegro scherzando te donnera autant de plaisir que j'en ai eu à l'écrire.---
Voilà, nous sommes arrivés au bout du III. Allegro scherzando, et j'espère que tu as pris plaisir à découvrir ce guide d'écoute. Quand je repense à ce finale, je me dis que la musique qui commence en do mineur et se termine en do majeur raconte à sa façon le chemin que j'ai moi-même parcouru. Pourtant, mon Piano Concerto No 2 a encore beaucoup à t'offrir, et tu n'as sans doute pas fini de le découvrir. Tu peux cliquer sur les liens proposés pour poursuivre ton exploration, à ton rythme et selon ta curiosité.
