Sous le sapin avec le Nutcracker de Tchaikovsky
Les coulisses
The Nutcracker, Op. 71, ballet in two acts (1892)

Je suis Tchaikovsky, et je te raconte ici l'histoire qui se cache derrière mon Nutcracker. Tu vas découvrir comment j'ai fait commander à Paris, en 1891, un instrument au son si singulier que je le voulais absolument dans ce ballet. Si l'envie te prend de reconnaître un morceau dès qu'il résonne, mes collègues compositeurs et moi te l'apprenons sur ce site : essaie l'entraînement quand tu veux !
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Une commande après un succès
Tout commence quand Ivan Vsevolozhsky, le directeur des Théâtres impériaux, me demande un nouveau ballet. Il sort tout juste du triomphe de The Sleeping Beauty et il voudrait remettre ça. On me propose donc de recommencer, et je dis oui, un peu comme on accepte une seconde part de gâteau quand la première était bonne. Je ne me doute pas encore que ce gâteau-là aura un goût plus compliqué.Un conte allemand passé par la France
L'histoire ne vient pas de moi : elle vient d'un conte de E. T. A. Hoffmann, publié en 1816 et intitulé « The Nutcracker and the Mouse King ». Je ne l'ai d'ailleurs pas lu dans sa version complète, mais dans l'adaptation plus courte qu'en a tirée Alexandre Dumas. Selon les sources, le livret est de Marius Petipa seul ou de Petipa avec Vsevolozhsky, et dans les deux cas ce n'est pas moi qui l'ai écrit. Je te dis seulement qu'il y a une veille de Noël, un cadeau étrange et des souris aux intentions franchement mauvaises.Je me mets au travail
Je commence à composer le 25 février 1891, ou le 13 février si tu comptes comme on le faisait alors en Russie. Ce calendrier-là a la fâcheuse habitude de te faire arriver en retard à tous tes rendez-vous. Dès le 6 mars, j'ai déjà terminé la moitié du premier acte, ainsi que la Waltz of the Snowflakes. Je note avec fierté que la musique des flocons est née très vite, comme si elle n'attendait que mon encrier.Un instrument venu de Paris
En juin 1891, j'écris à mon éditeur Jurgenson pour lui demander de commander à Paris un « Celesta-Mustel ». Je lui explique que cet instrument a une sonorité divinement inhabituelle, et je compte l'utiliser dans le ballet. Certains racontent que je gardais le célesta secret pour qu'aucun autre compositeur russe ne me devance, mais personne ne le sait vraiment. Ma lettre prouve seulement que j'ai passé la commande, ce qui est déjà une jolie preuve d'impatience.Le maître de ballet tombe malade
En août 1892, Marius Petipa doit se retirer à cause de la maladie, alors que le ballet est déjà bien engagé. C'est Lev Ivanov qui prend le relais pour la chorégraphie, avec Enrico Cecchetti nommé second maître de ballet à ses côtés. Pour savoir qui a réglé quelle scène, il faut hausser les épaules : on ignore si Petipa avait déjà chorégraphié des passages avant de partir. Un ballet qui change de maître en pleine route, c'est un peu comme un orchestre dont le chef doit s'asseoir au milieu du concert.Des enfants sur la scène
Pour les rôles principaux, on prend une décision plutôt audacieuse : confier de vrais enfants aux premiers rôles. Stanislava Belinskaya a douze ans quand elle danse Clara, et Sergei Legat, dix-sept ans, est le Nutcracker-Prince. À l'époque, ce choix était une vraie nouveauté, voulue par Petipa. Je trouve qu'il convient bien à une histoire où l'enfance a le premier mot.Une soirée à double programme
La première a lieu le 18 décembre 1892 au Mariinsky Theatre de Saint-Pétersbourg. Le ballet n'est pas seul à l'affiche, puisqu'il est présenté avec mon opéra Iolanta. C'est Riccardo Drigo qui dirige l'orchestre ce soir-là, et Antonietta Dell'Era danse la Sugar Plum Fairy. Le public sort donc de la salle après une soirée très complète, ce qui n'est pas toujours la même chose qu'une soirée très heureuse.Un accueil bien tiède
Je préfère te le dire franchement : le ballet n'a pas été un triomphe immédiat. Les critiques sont partagés, et l'un d'eux écrit que The Nutcracker ne peut en aucun cas être appelé un ballet. De mon côté, je constate que le public semblait s'ennuyer, malgré une mise en scène somptueuse. La musique s'en tire pourtant mieux que la danse, et la Waltz of the Snowflakes, avec ses plus de cinquante danseurs à l'origine, est le numéro le plus applaudi.Une pluie de friandises au second acte
Au deuxième acte, j'écris une suite de danses, ce que le ballet appelle un divertissement. On y croise un chocolat espagnol, un café arabe, un thé chinois, un Trepak russe réglé par Alexander Shiryaev, et même Mother Ginger avec ses Polichinelles. Pour le Grand Pas de Deux, on installe une « reika », une plateforme qui permet à la Sugar Plum Fairy de glisser sur les pointes comme sur un fil invisible. Quant à savoir pourquoi tout ce monde sucré se réunit, je garde la réponse pour ceux qui iront jusqu'au rideau final.Le temps fait son travail
Lev Ivanov reprend le ballet en 1900, et il commence doucement à retrouver sa place. En 1934, il traverse enfin les frontières russes pour être dansé à Londres. Selon les sources, il arrive aux États-Unis vers 1940 avec le Ballet Russe de Monte Carlo, même si on discute encore de la date exacte d'une première version complète. Moi, je retiens surtout qu'une soirée de décembre un peu froide a fini par devenir un rendez-vous que beaucoup de familles ne manquent plus.---
Voilà, tu connais maintenant le chemin de mon Nutcracker, depuis la commande de Vsevolozhsky jusqu'à cette soirée de décembre 1892 au Mariinsky Theatre. Ce soir-là, le public m'a paru s'ennuyer malgré la richesse de la mise en scène, et les critiques n'ont pas été tendres avec le ballet. Quand j'y repense, je trouve touchant que la musique ait continué à faire son chemin sans se vexer. Lev Ivanov a remis le ballet à l'affiche en 1900, puis il a fini par voyager jusqu'à Londres en 1934, comme un invité arrivé en retard qui reste finalement jusqu'au dernier verre. Certaines œuvres n'ont pas besoin d'un accueil triomphal pour durer, elles ont simplement besoin qu'on leur laisse un peu de temps. Alors, as-tu aimé découvrir l'histoire de mon Nutcracker ? Il reste encore beaucoup de choses à explorer : les danses de l'acte II, les couleurs de l'orchestre, la façon dont chaque page raconte un petit monde à elle seule. Je t'invite donc à cliquer sur les liens ci-dessous pour poursuivre ton voyage dans mon Nutcracker, à ton rythme et aussi longtemps que tu en as envie.
