Pharaon, trompettes et amour avec l'Aida de Verdi
Les coulisses
Aida, opera in four acts (1871)

Je suis Verdi, et je te raconte ici comment Aida est née. Tu vas découvrir comment le siège de Paris a retardé la création d'Aida, au point que la première a eu lieu au Caire sans moi. Sur ce site, mes confrères et moi t'apprenons aussi à reconnaître nos œuvres dès que tu les entends, alors essaie l'entraînement quand l'envie te prend.
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Un non qui ne tient pas longtemps
Un beau jour, Ismail Pasha, le khédive d'Égypte, me propose 150 000 francs pour écrire un opéra. Je commence par refuser, poliment mais fermement. Puis je relis le chiffre, et mon refus se met à ressembler à une simple première réponse. Je finis par accepter, et c'est ainsi qu'Aida entame son drôle de voyage vers l'Égypte.Un cachet qui donne le vertige
Ces 150 000 francs sont des francs or, et ils ne paient que la représentation en Égypte. Aucun compositeur n'avait encore touché une somme pareille. Je n'ai pas honte de te l'avouer : même un musicien sérieux sent ses principes vaciller devant un tel total. Il faut dire que le public, lui, attendra de me juger sur la musique et pas sur la facture.Rigoletto fait les honneurs de la maison
On croit souvent que j'ai écrit Aida pour l'inauguration de l'opéra du Caire, mais ce n'est pas le cas. La salle ouvre ses portes le 1er novembre 1869, et c'est Rigoletto qui joue le rôle d'invité d'honneur. Les historiens ne sont d'ailleurs pas tous d'accord sur ce qu'on m'avait vraiment demandé à ce moment-là. Ce qui est sûr, c'est que mon Égypte à moi n'était pas encore prête à monter sur scène.Le retardataire de la fête
Mon opéra rate donc deux grandes cérémonies : l'ouverture du canal de Suez et l'inauguration de la salle. C'est un peu comme arriver au repas de mariage quand on sert déjà le café. Heureusement, une œuvre bien faite se fait attendre sans que personne ne lui en veuille trop. Il me reste à écrire la musique, et le travail commence pour de bon en août 1870.Un égyptologue au secours du compositeur
Pour l'histoire, je dois beaucoup à Auguste Mariette, un égyptologue qui connaît l'Antiquité mieux que moi. C'est lui qu'on crédite d'ordinaire de l'idée de départ, même si certains spécialistes pensent plutôt à Temistocle Solera. Je te laisse trancher, car personne ne peut le prouver aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, l'Égypte ancienne devient le décor de mon opéra, et j'y prends goût très vite.Une course de relais pour écrire le texte
Camille du Locle, qui dirige l'Opéra-Comique, rédige d'abord une version en prose française. Antonio Ghislanzoni reprend ensuite le bâton et met le tout en vers italiens. Entre les deux, le texte passe de main en main avant de prendre sa forme chantée. Un opéra se fait rarement seul, et celui-ci a eu besoin de plusieurs plumes.La guerre met son grain de sel
La création était prévue pour janvier 1871, mais elle est repoussée. La guerre franco-prussienne et le siège de Paris retardent la production. On ne peut pas dire que les canons soient d'un grand secours pour un théâtre. Il faut donc patienter encore presque un an, ce qui laisse à Aida le temps de mûrir.Noël au Caire, sans moi
La première d'Aida a enfin lieu le 24 décembre 1871, à l'Opéra khédivial du Caire. C'est Giovanni Bottesini qui dirige l'orchestre ce soir-là. Moi, je ne suis pas dans la salle, et je n'ai donc rien vu de cette soirée de mes propres yeux. Je reste loin du Caire et j'attends des nouvelles, ce qui, avec les moyens de l'époque, demande du sang-froid.Milan prend le relais, puis le monde entier
La première italienne se déroule à la Scala de Milan, le 8 février 1872. Cette fois, l'opéra se joue enfin en Italie, et je me dis que l'aventure valait le détour. En moins de cinq ans, Aida est monté dans plusieurs capitales européennes, et même à New York. Pour un opéra né d'une commande lointaine et d'un refus oublié, ce n'est pas un mauvais parcours.Une princesse, un général, et un gros problème
Mon opéra compte quatre actes et se déroule dans l'Égypte ancienne. Aida est une princesse éthiopienne retenue captive en Égypte, et elle aime Radamès, un général égyptien. Or ce même Radamès doit mener l'armée égyptienne contre l'Éthiopie, c'est-à-dire contre le pays d'Aida. Je ne t'en dis pas plus, mais dis-toi que le cœur et la patrie n'ont pas l'habitude de s'entendre.---
Voilà, tu connais maintenant le long chemin qu'a pris Aida avant d'arriver sur scène. Cette histoire t'a-t-elle plu ? Quand je repense à tout cela, je trouve que cet opéra doit autant à la patience qu'à l'inspiration. Il a fallu attendre la fin de la guerre, puis voir l'œuvre naître au Caire en décembre 1871, sans moi dans la salle, avant qu'elle ne gagne la Scala de Milan en février 1872. Et pourtant, quelques années plus tard, Aida était déjà joué dans des capitales européennes et à New York. Il reste bien des choses à découvrir autour d'Aida : les personnages, la manière dont j'ai écrit chaque scène, et les airs que tu fredonneras peut-être sans t'en rendre compte. Je t'invite donc à cliquer sur les liens proposés ici, pour poursuivre ton exploration d'Aida à ton rythme. Bonne écoute, et à bientôt !
