Un chasseur très tendre avec les Enigma Variations: Variation IX "Nimrod" d'Elgar
Le guide d'écoute
Variations on an Original Theme, Op. 36

Bonjour, ici Elgar, et ce guide d'écoute est consacré à « Nimrod », la Variation IX des Enigma Variations. Tu y suivras une mélodie qui part d'un murmure et monte lentement vers un sommet plein de force, celle que l'on joue chaque année au Cenotaph, à Whitehall. Ici, les compositeurs qui m'entourent et moi t'apprenons à reconnaître nos pièces dès qu'elles résonnent, alors passe par l'entraînement pour t'y essayer.
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Comment écouter sans rien savoir
Si tu n'as jamais écouté de musique classique, ne cherche pas à tout comprendre : écoute surtout les cordes, car c'est à elles que je confie presque tout dans « Nimrod ». Les violons portent la mélodie qui chante le plus haut, tandis que les violoncelles et les contrebasses posent dessous un sol moelleux, un peu comme un bon fauteuil sous une longue conversation. Les bois et les cors arrivent ensuite par petites touches, pour donner de la chaleur et de l'épaisseur sans jamais couvrir les cordes. Retiens une seule chose : cette musique respire lentement, et tu n'as qu'à respirer avec elle.Pourquoi un chasseur dans ma musique ?
Chaque variation des Enigma Variations évoque un ami, et celle-ci porte le nom d'August Jaeger, qui était éditeur de musique chez Novello & Co. Jäger veut dire « chasseur » en allemand, et Nimrod est le « puissant chasseur » de l'Ancien Testament : ce surnom est donc un simple jeu de mots sur son nom de famille. Ne cherche pas pour autant un portrait de son caractère, car j'ai raconté dans cette page quelque chose qui s'est réellement passé, une conversation sur les mouvements lents de Beethoven. Je disais de Jaeger que c'était un critique sévère, et j'ai écrit plus tard que sa place avait été occupée mais jamais remplie.Une forme qui ne rentre dans aucune case
Choisir la forme de « Nimrod » a été une petite aventure, mais la réponse est simple : ce n'est ni une sonate ni un rondo, c'est une variation, la neuvième d'une série où chaque morceau part du même thème. Elle dessine un seul grand arc en trois sections : un début très calme, une montée progressive, puis un retour vers le silence. Je ne fais ici que te les présenter en gros, car je les prends une par une dans les paragraphes qui suivent. Tout cela avance à l'allure d'un Adagio, ce qui laisse à chaque émotion le temps de se poser.Section 1 : Le chuchotement poli
Le début est très doux, joué par les cordes presque seules, et l'Adagio y paraît presque immobile. La mélodie monte par petits pas, comme quelqu'un qui hésite à dire ce qu'il a sur le cœur. L'humeur est recueillie, un peu triste, mais déjà chaleureuse. Remarque que rien ne presse : c'est la patience qui installe l'émotion.Section 2 : L'escalier qui n'en finit pas
Au milieu, la musique s'élève peu à peu et d'autres instruments se joignent aux cordes : d'abord les bois et les cors, puis le reste des cuivres. Le volume grandit, les harmonies s'épaississent et la mélodie va chercher toujours plus haut. C'est le sommet du morceau, et les notes de programme du Philharmonique de Berlin y voient le centre émotionnel de toute l'œuvre. L'allure reste lente, mais l'intensité monte comme une marée que rien n'arrête.Section 3 : Le retour à la maison
Après le sommet, la musique redescend lentement, comme si chacun reposait avec précaution ce qu'il venait de soulever. Les instruments se retirent un à un, et les cordes retrouvent la douceur du début, avec une couleur plus apaisée. C'est sans doute pour cela qu'on joue « Nimrod » lors d'obsèques et de cérémonies du souvenir, et qu'on l'entend toujours au Cénotaphe de Whitehall pendant le National Service of Remembrance, chaque année. En 1912, j'ai moi-même repris ce thème dans mon œuvre chorale The Music Makers, preuve que je n'en avais pas fini avec lui.À toi de jouer
Maintenant, c'est à toi d'écouter « Nimrod » par toi-même : appuie sur lecture et laisse la musique t'envelopper. Pendant l'écoute, repense à ce que je viens de te dire : les cordes qui ouvrent la page, la montée, puis le retour au calme. Si tu aimes les détails, souviens-toi que les Enigma Variations ont été jouées pour la première fois en juin 1899 à Londres, sous la direction de Hans Richter. J'espère que ce voyage te touchera autant que moi quand je l'ai écrit.---
Voilà, nous sommes au bout de ce guide d'écoute, et j'espère que tu as pris plaisir à découvrir « Nimrod » avec moi. Tu l'as sans doute remarqué, cette page lente ne se laisse pas épuiser en une seule écoute : chaque fois que je la réentends, j'y trouve un détail que je n'avais pas encore perçu. Il reste d'ailleurs bien des aspects des Enigma Variations à explorer, à commencer par les autres amis dont chaque variation fait le portrait, et par ce thème dont l'énigme n'a jamais été résolue. Pour aller plus loin, je t'invite à cliquer sur les liens proposés ici : ils te mèneront vers d'autres facettes de « Nimrod » et de la Variation IX. Puis laisse la musique faire son travail, et reviens l'écouter quand tu auras envie d'un moment de calme.
