Sabres et tutus avec Gayane de Khachaturian
Dance of the Rose Maidens

Gayane, ballet in four acts (1942)

Khachaturian présente un guide d'écoute du morceau « Dance of the Rose Maidens », tiré de l'œuvre « Gayane »
Je suis Aram Khachaturian, et je vais t'expliquer la Dance of the Rose Maidens, une page de mon ballet Gayane. Tu vas entendre comment, après la fougue de la Sabre Dance, j'ai glissé une danse légère et espiègle, qui offre une vraie respiration et mérite bien que tu t'y arrêtes. Ici, mes confrères compositeurs et moi t'enseignons aussi à reconnaître nos pièces dès qu'elles sonnent, et  l'entraînement t'attend  si l'envie t'en prend.
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Comment écouter sans se prendre pour un critique

Pour écouter la Dance of the Rose Maidens, je te conseille de laisser de côté les grandes théories et de tendre l'oreille à la légèreté. C'est l'une des danses les plus douces de mes suites de concert, et son caractère malicieux se reconnaît à des phrases courtes qui sautillent plutôt qu'elles ne marchent. Mon orchestre compte, entre autres, une harpe et un célesta, alors amuse-toi à chercher des sons clairs et brillants qui se posent çà et là comme des gouttes de rosée. Tu n'as pas besoin de nommer chaque instrument : demande-toi simplement, à chaque instant, si la musique te paraît sautiller, chanter ou retenir son souffle.

Des roses dans un champ de coton

Mon ballet se passe dans une ferme collective, un kolkhoz, où l'on s'attend plutôt à des récoltes qu'à des bouquets. C'est justement pour cela que j'ai voulu ces jeunes filles-roses : les roses pour la fraîcheur et la délicatesse, les jeunes filles pour l'élan et un brin de timidité. Dans la suite de concert, cette danse arrive en troisième position, juste après la Sabre Dance et Ayesha's Dance, ce qui lui donne le rôle de la respiration après la course. Certaines versions pour orchestre d'harmonie l'appellent Dance of the Young Maidens, et dans un enregistrement elle dure environ 1:55, donc tu auras à peine le temps de sentir le parfum avant qu'elle ne s'éloigne.

Ni sonate ni rondo : une ronde de pétales

Choisir la forme de cette danse a été une petite aventure, car je ne voulais ni une sonate ni un rondo trop strict. J'ai préféré une suite de courts épisodes, comme une promenade où chaque détour montre une autre facette des mêmes jeunes filles. Je te les présente ici en quatre sections, et je les prendrai une par une dans les paragraphes qui suivent. Retiens simplement que l'histoire va d'une entrée légère à une sortie qui s'efface, avec quelques changements de couleur entre les deux.

Section 1 : On entre sur la pointe des pieds

La danse démarre par un mouvement léger et régulier, qui installe tout de suite son caractère enjoué. L'humeur est celle d'un groupe de jeunes filles qui entrent en scène en échangeant des regards complices. Rien ne pèse : la musique avance par petites touches, sans jamais élever la voix. Garde bien cette première idée en mémoire, car elle te servira de repère pour le reste du voyage.

Section 2 : La mélodie se met à chanter

Après l'entrée, la musique s'arrondit et laisse place à une ligne plus chantante. Les pas semblent se calmer, comme si les danseuses prenaient enfin le temps de se regarder. C'est la partie la plus tendre de la danse, celle où sa douceur apparaît le plus clairement. Si tu fermes les yeux, tu peux presque voir les robes tourner lentement autour de toi.

Section 3 : Un coup de vent dans le jardin

Puis la couleur de la musique change, et l'harmonie prend un tour un peu plus inattendu. L'humeur devient plus taquine, comme si une brise venait ébouriffer les pétales. C'est ici que j'ai glissé le plus de surprise, sans pour autant brusquer personne. Écoute si tu sens que quelque chose a bougé sans pouvoir dire quoi : c'est exactement l'effet que je cherchais.

Section 4 : Les roses referment la porte

La danse retrouve peu à peu son caractère du début, comme on retrouve un chemin déjà parcouru. L'énergie se calme petit à petit, et la musique s'éloigne sur la pointe des pieds. Je n'ai pas voulu de grand final éclatant, car ici l'adieu se fait avec le sourire. Quand le dernier son disparaît, tu as parcouru en moins de deux minutes un petit cycle complet.

À toi de cueillir la suite

Maintenant, je t'invite à vivre la Dance of the Rose Maidens par toi-même. Appuie sur lecture et laisse la musique t'envelopper, sans chercher à tout analyser. Pendant l'écoute, repense aux quatre sections dont nous avons parlé et à la façon dont elles s'enchaînent. J'espère que ce petit voyage te donnera autant de plaisir que j'en ai eu à écrire cette danse !
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Voilà, tu viens de passer quelques minutes en compagnie de mes jeunes filles aux roses. Est-ce que ce guide d'écoute de la Dance of the Rose Maidens, tirée de Gayane, t'a plu ? J'espère qu'il te donnera envie de la réécouter, en guettant la harpe, le célesta et ces petites phrases qui sautillent plutôt qu'elles ne marchent. Cette page a quelque chose de rare à mes yeux : elle ne cherche à impressionner personne, et c'est précisément pour cela qu'on s'y attache. Gayane ne se résume pourtant pas à cette seule danse, et il te reste beaucoup à découvrir dans ce ballet. Mon Adagio, écrit pour les cordes seules, a par exemple trouvé sa place en 1968 dans le film 2001: A Space Odyssey de Stanley Kubrick, et il y sonne tout autrement que dans une ferme collective. Il y a aussi la Lezginka, qui ferme les suites de concert avec un rythme de danse venu du nord du Caucase, de quoi te remettre les jambes en mouvement après tant de douceur. Si l'envie te prend d'aller plus loin, clique sur les liens ci-dessous : ils t'emmèneront explorer d'autres coins de Gayane. Prends ton temps, écoute à ta façon, et reviens quand tu veux : mes danses sont patientes.