Sabres et tutus avec Gayane de Khachaturian
L'intrigue en bref
Gayane, ballet in four acts (1942)

Je m'appelle Aram Khachaturian, et voici le résumé de l'histoire de mon ballet Gayane. Tu vas suivre, selon le livret d'origine, une femme de ferme collective qui découvre la trahison de son mari Giko, dans une histoire qui se termine pourtant par trois mariages. Nous sommes plusieurs compositeurs, sur ce site, à t'apprendre à reconnaître nos pièces quand tu les entends, alors viens essayer l'entraînement quand tu veux.
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Gayane décodé : une ferme, un traître et trois mariages
Imagine une ferme collective où tout le monde s'active à la récolte du coton, sauf un mari qui préfère comploter avec des contrebandiers. C'est, dans le livret d'origine, le point de départ de Gayane, mon ballet en quatre actes, dont le livret est signé Konstantin Derzhavin et la chorégraphie Nina Anisimova pour la version de 1941-1942. Je précise bien « d'origine », car j'ai révisé l'œuvre en 1952 puis en 1957, et l'intrigue n'est pas restée tout à fait la même d'une version à l'autre. Au programme, il y a une héroïne déchirée, un traître, des montagnes, une arrestation au bon moment et une noce où l'on sort les sabres, ce qui fait plus de rebondissements que dans bien des séries.Fais connaissance avec la distribution : l'héroïne, le traître et les gens bien sous tous rapports
Gayane : Gayane est l'héroïne, une femme malheureuse en ménage dont les convictions patriotiques entrent en conflit avec ses sentiments dès qu'elle découvre la trahison de son mari ; c'est elle qui porte tout le drame, et Natalia Dudinskaya lui a donné vie lors de la création.Giko : Giko est le mari de Gayane et le méchant de l'histoire, puisque dans le livret d'origine il est paresseux, ivrogne, incendiaire et détourne l'argent public avec des contrebandiers ; avec lui, une paisible récolte tourne vite à l'affaire de trahison.
Armen : Armen est le frère de Gayane, un jeune homme loyal qui représente la droiture face aux magouilles de Giko ; son histoire avec la jeune Kurde Aishe s'achève par un mariage au dernier acte, Konstantin Sergeyev l'a dansé à la création, et sa variation figure dans les suites de concert.
Kazakov : Kazakov est celui qui rétablit l'ordre, car dans le livret d'origine il arrive à temps pour arrêter les contrebandiers et il épouse Gayane à la fin, ce qui change tout pour l'héroïne ; c'est un homme sûr dont l'arrivée fait basculer le troisième acte.
Le reste de la troupe : des Kurdes, des fiancés et beaucoup de confettis
Aishe : Aishe est la jeune Kurde du troisième acte, celle qu'admire Izmail et qui finit pourtant mariée à Armen ; elle apporte au ballet une touche de couleur venue des montagnes et des grands espaces, là où l'ambiance change complètement de celle de la ferme.Izmail : Izmail est l'admirateur d'Aishe, et il est l'un des visages du troisième acte, dans le décor des montagnes ; l'intrigue tourne surtout autour de la trahison de Giko, mais il rappelle que l'amour, ici, se mêle aux affaires de la ferme comme aux fêtes kurdes.
Karen : Karen est le troisième fiancé du ballet : au dernier acte, il épouse Nune lors de la grande fête de la ferme, et il représente la joie tranquille d'un village qui retrouve la paix ; il ne dispute Gayane à personne, ce qui le met à l'abri des intrigues.
Nune : Nune est la troisième mariée du dernier acte, aux côtés de Gayane et d'Aishe, et elle épouse Karen au milieu des danses de plusieurs peuples ; avec elle, le ballet finit en grande fête villageoise où chacun trouve sa place, et l'entrepôt reconstruit devient le décor d'un bonheur retrouvé.
Acte 1 : du coton, de la paresse et un mari qui ne fait rien
Une récolte de coton : le ballet s'ouvre sur la ferme collective en pleine récolte de coton, et j'ai voulu une musique qui sente le travail partagé, avec des rythmes populaires qui donnent à chacun, même assis au fond de la salle, l'envie de mettre la main à la tâche.Giko fait des siennes : au milieu de tous ces gens occupés, Gayane a pour mari Giko, un paresseux qui ne se contente pas de ne rien faire, puisqu'il sème aussi le trouble autour de lui, et dès cette première scène le spectateur comprend que l'harmonie du village tient à un fil.
Un mariage sans joie : Gayane est malheureuse avec lui, et j'ai pensé son rôle comme celui d'une femme digne, courageuse et attachée à sa communauté, ce qui rend d'autant plus cruelle, dès les premières scènes, la distance qui sépare son devoir de citoyenne de ses sentiments d'épouse.
Le décor est planté : à la fin de ce premier acte, tout est en place pour la suite, avec une héroïne attachante, un mari qui gêne et une ferme où chacun a sa place, et le public attend déjà de savoir jusqu'où Giko est capable d'aller.
Acte 2 : Gayane ouvre les yeux, et ça sent le roussi
Un complot dans l'ombre : Gayane découvre que Giko prépare un mauvais coup avec des contrebandiers, qui veulent détourner de l'argent, et ce moment fait basculer le ballet de la chronique champêtre vers le véritable suspense, et comme tout passe par les gestes des danseurs et par l'orchestre, personne n'a besoin d'un seul mot.Un entrepôt menacé : leur plan ne s'arrête pas à l'argent, car ils veulent aussi incendier l'entrepôt de la ferme, un bien commun, et je voulais que l'on sente le danger monter, grâce à un orchestre qui se tend peu à peu, même sans voir les flammes.
Le cœur contre la raison : pour Gayane, le choix est douloureux, puisque l'homme qui trahit son pays est aussi son mari, et ses convictions patriotiques se heurtent à ses sentiments dans une scène où la musique doit tout dire de ce déchirement intime, sans doute le moment le plus humain du ballet.
Un secret trop lourd : à la fin de l'acte, Gayane sait ce que Giko manigance, et le spectateur sait qu'elle le sait, ce qui crée cette tension délicieuse des bons feuilletons, où l'on attend le moment où le secret éclatera au grand jour et où l'on se demande ce qu'elle va faire.
Acte 3 : la montagne, des Kurdes et une bande de malfaiteurs
Cap sur les montagnes : l'action quitte la ferme pour les hauteurs, près d'un village kurde, et j'ai changé de couleur musicale pour l'occasion, avec des mélodies et des rythmes qui sonnent autrement, comme si l'air lui-même était plus vif là-haut et que les danseurs y respiraient plus large.Armen, Aishe et Izmail : on y retrouve le frère de Gayane, Armen, aux côtés de la jeune Kurde Aishe et de son admirateur Izmail, trois personnages qui apportent de la chaleur et de la jeunesse juste avant que l'orage éclate, et la danse y prend des couleurs que la ferme ne connaissait pas, ce qui prépare le contraste avec ce qui va suivre.
L'attaque de Giko : dans la scène la plus tendue du ballet, Giko et sa bande surgissent pour attaquer, et la violence rompt la fête ; les récits divergent sur la victime, certains parlant d'Armen et d'autres de Gayane, si bien que je préfère te laisser avec ce suspense.
Kazakov arrive : alors Kazakov paraît et fait arrêter les contrebandiers, ce qui met fin à la menace et aux ambitions de Giko ; c'est le coup de théâtre qui rend la justice aux honnêtes gens et qui prépare la fête du dernier acte.
Acte 4 : trois mariages et pas un seul enterrement
Un an plus tard : on retrouve la ferme une année après, apaisée, avec un entrepôt reconstruit que l'on inaugure en grande pompe, comme si la communauté voulait tourner la page du feu et des trahisons d'un seul geste, et le ballet prend alors le ton d'une grande réjouissance populaire.Trois couples, un seul grand jour : trois couples se marient ce jour-là, Gayane avec Kazakov, Armen avec Aishe, et Karen avec Nune, et l'on voit enfin Gayane, après tant d'épreuves, tourner la page d'un mariage malheureux pour trouver un bonheur choisi, ce qui est la vraie récompense du ballet.
Des danses de plusieurs peuples : la fête réunit des danses populaires de plusieurs peuples, où chacun semble apporter sa propre façon de bouger, et mes pages les plus colorées s'en donnent à cœur joie, celles qui ont ensuite nourri les trois suites de concert que j'ai moi-même compilées en 1943.
La Sabre Dance en apothéose : au cœur de la fête résonne la Sabre Dance, où les danseurs montrent leur adresse avec des sabres ; en 1963, je l'ai présentée comme l'enfant turbulent de ma famille musicale et j'ai dit que je ne l'aurais pas écrite si j'avais deviné sa popularité future.
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Voilà, tu connais maintenant l'histoire de Gayane, de la ferme collective jusqu'aux trois mariages qui la terminent. Quand j'y repense, je trouve touchant qu'un ballet créé en pleine guerre, à Perm en décembre 1942, s'achève sur une fête. Cette histoire t'a-t-elle plu ? J'espère qu'elle t'a donné envie d'en savoir plus, car il reste beaucoup à explorer dans Gayane. La musique, par exemple, en dit parfois plus que l'intrigue, et chaque danse a sa propre personnalité. Pour continuer, clique sur les liens ci-dessous : écoute les plus beaux moments du ballet, ou plonge dans la Sabre Dance pour voir comment elle fonctionne de l'intérieur.
