Une visite guidée avec les Pictures at an Exhibition de Mussorgsky
IX. The Hut on Fowl's Legs (Baba Yaga)
Pictures at an Exhibition

C'est moi, Modest Mussorgsky, et je vais t'expliquer IX. The Hut on Fowl's Legs (Baba Yaga), le neuvième tableau de ma suite. Tu vas entendre comment une horloge dessinée par Hartmann, en forme de maison de sorcière, se change en une course furieuse où Baba Yaga file dans son mortier. Reconnaître nos œuvres dès qu'elles sonnent, mes collègues compositeurs et moi te l'enseignons aussi sur ce site, alors tente un petit tour à l'entraînement .
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Un seul piano, deux mains et beaucoup d'élan
Pour écouter IX. The Hut on Fowl's Legs (Baba Yaga), tu n'as qu'un seul instrument à suivre : le piano, puisque j'ai écrit toute ma suite pour piano seul. Il fait ici tout le travail : les accords lourds et martelés figurent les pas de la sorcière, et les notes aiguës qui filent par-dessus font penser à un vent qui tourne. Écoute surtout le contraste entre les graves qui cognent et les aigus qui tintent, comme les cloches d'une grande horloge. Si tu entends un jour cette page à l'orchestre, c'est l'arrangement de Maurice Ravel, qui date de 1922, alors que moi je n'avais que dix doigts et un clavier, et ça m'a suffi.Une horloge qui a un peu trop d'imagination
Le titre vient d'un dessin de mon ami Viktor Hartmann : une horloge en forme de cabane de la sorcière Baba Yaga, posée sur des pattes de poule. Une horloge qui a des pattes, c'était déjà assez étrange pour me donner envie de la mettre en musique. Le dessin montrait la maison, et moi j'ai ajouté la sorcière elle-même, qui file dans les airs à bord d'un mortier. Voilà pourquoi tu entends à la fois les cloches d'une grosse horloge et une poursuite en tourbillon : mon titre contient les deux.Une forme en sandwich, avec un final fracassant
Choisir la forme de cette pièce a été une vraie aventure, et j'ai fini par adopter une forme ternaire : une partie A, une partie B, puis le retour de A. Ce n'est donc ni une sonate ni un rondo, mais plutôt un sandwich, avec deux tranches de furie autour d'une garniture beaucoup plus inquiétante. J'y ajoute à la fin une coda, un dernier élan qui referme le tout. Cela fait quatre étapes, et je te les raconte une par une dans les paragraphes qui suivent.Section 1 : La sorcière sort de chez elle
En tête de la partition, j'ai écrit « Allegro con brio, feroce », ce qui veut dire vite, avec éclat et sans aucune douceur. La mesure est à 2/4, deux temps bien carrés, si bien que la musique avance comme une marche qui cogne. Tu entends tout de suite des accents violents et des sauts brusques, dans une humeur menaçante où personne ne sourit. C'est la poursuite en tourbillon : on a l'impression que quelqu'un, derrière toi, gagne du terrain.Section 2 : La cabane retient son souffle
Au milieu, la tempête retombe et la musique devient plus sourde, plus secrète. C'est là que tu peux guetter des sonneries qui rappellent les cloches d'une grande horloge. L'ambiance change du tout au tout : on ne court plus, on écoute, comme dans une pièce où quelque chose a bougé derrière soi. Cette inquiétude silencieuse laisse respirer l'auditeur, juste avant que la sorcière ne revienne.Section 3 : Rebelote, en plus fort
Le thème du début revient, et tu le reconnais aussitôt, parce qu'il n'a rien perdu de sa brutalité. Je reprends la même poursuite, mais après le moment de calme, elle paraît encore plus menaçante. Le tempo reste rapide et la mesure reste à 2/4, sans que je te laisse le temps de souffler. C'est ce retour qui fait toute la forme ternaire : on part de la fureur, on s'en écarte un instant, puis on y retombe.Section 4 : Une coda qui défonce la porte
La coda est le dernier sprint de la pièce, celui où le piano pousse son élan jusqu'au bout. Les accords deviennent plus massifs et plus sonores, jusqu'à donner l'impression que tout l'instrument s'emballe. Puis tout s'enchaîne avec X. The Great Gate of Kiev, qui ouvre un grand portail en mi bémol majeur. Passer de la sorcière à cette porte monumentale, c'est comme sortir d'une forêt sombre pour déboucher sur une grande place ensoleillée.À toi de jouer, la sorcière t'attend
Maintenant, c'est à toi de vivre IX. The Hut on Fowl's Legs (Baba Yaga) : appuie sur lecture et laisse-toi emporter par la musique. Pendant l'écoute, garde en tête ce que nous nous sommes dit : la marche qui cogne, le calme inquiet du milieu, le retour de la poursuite. Tu repéreras sans doute les cloches de l'horloge et le vol du mortier, et tu comprendras pourquoi j'ai tenu à les mettre ensemble. J'espère que ce voyage te fera frissonner autant que moi quand je l'ai composé.---
Voilà, la sorcière a fini de tourner autour de sa maison, et moi je te laisse reprendre ton souffle. As-tu aimé découvrir avec moi IX. The Hut on Fowl's Legs (Baba Yaga), cette page de mes Pictures at an Exhibition où tout cogne, tinte et file à toute vitesse ? Tu sais maintenant que derrière ces accords lourds et ces notes qui tournoient, il y a un dessin d'horloge de mon ami Viktor Hartmann, et que j'y ai ajouté la sorcière dans son mortier. Mais cette page n'est qu'une salle de l'exposition, et ma suite en compte bien d'autres à parcourir. Il te reste des promenades à refaire, des tableaux à regarder de plus près, et une grande porte qui t'attend tout au bout de la visite. Tu peux aussi comparer le piano seul que j'ai écrit avec les versions orchestrales qui sont nées plus tard, et tu verras comme la même musique change de couleur. Clique sur les liens proposés pour poursuivre ton exploration de Pictures at an Exhibition, et prends ton temps, comme on le fait devant un tableau qu'on aime. Je serai content de te retrouver de l'autre côté de la porte.
