Allô papa avec O mio babbino caro de Puccini
Les coulisses
O mio babbino caro

Je m'appelle Giacomo Puccini et je vais te raconter comment est né mon air O mio babbino caro. Tu découvriras comment quelques vers de Dante Alighieri m'ont inspiré ce sommet de tendresse en pleine guerre mondiale, sans même que je puisse assister à son triomphe à New York. Si tu as envie d'apprendre à reconnaître nos morceaux dès que tu les entends, lance donc l'entraînement que j'ai préparé ici avec les autres compositeurs.
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Une comédie nichée en enfer
Quand tu écoutes la grande mélodie de O mio babbino caro, tu imagines sans doute une héroïne au bord des larmes dans un drame absolu. En réalité, j'ai écrit cet air pour Gianni Schicchi, une comédie en un acte où l'on s'agite autour d'un faux testament à Florence en 1299. Mon librettiste Giovacchino Forzano a déniché cette histoire de filous dans l'Inferno de Dante Alighieri, qui n'est pourtant pas l'endroit où l'on cherche habituellement de quoi rigoler. Nous avons pris quelques lignes du trentième chant pour en faire une farce rapide où tout le monde essaie de doubler tout le monde.Un menu en trois services
À l'époque, je ne voulais pas présenter cette petite comédie toute seule, alors je l'ai placée à la fin d'un ensemble de trois opéras en un acte que j'ai appelé Il trittico. L'idée était d'offrir au public trois ambiances complètement différentes au cours d'une même soirée, un peu comme un repas qui se termine par un dessert léger. Après le climat sombre de Il tabarro et l'émotion religieuse de Suor Angelica, Gianni Schicchi venait détendre tout le monde dans la salle. Sans cette respiration comique pour conclure la soirée, les spectateurs seraient probablement rentrés chez eux avec le moral dans les chaussettes.L'art de tortiller son père
Au beau milieu de cette agitation autour d'un héritage, tout s'arrête soudain quand la jeune Lauretta prend la parole pour s'adresser à son père, Gianni Schicchi. Le titre veut tout simplement dire « Oh mon petit papa chéri », une formule qui annonce en général qu'on va te demander quelque chose de compliqué. Lauretta veut épouser son amoureux Rinuccio et aller acheter une alliance rue de Porta Rossa, mais les disputes entre leurs deux familles bloquent tout. Elle sort alors le grand jeu en chantant qu'elle ira se jeter dans l'Arno depuis le Ponte Vecchio si son père refuse de l'aider.La fausse candeur sur la partition
Bien sûr, personne ne croit une seconde qu'elle va vraiment sauter du pont, car c'est du pur chantage d'adolescente qui connaît le point faible de son père. Sur ma partition, j'ai même noté l'indication Andantino ingenuo juste au moment où l'air s'installe en la bémol majeur. Ce petit mot signale que la musique doit avoir l'air toute simple et innocente, alors que le personnage est en train de manœuvrer avec une habileté redoutable. En deux minutes et demie à peine, la mélodie fait son effet et le père finit évidemment par céder à son caprice.La recette de la douceur
Pour que le charme opère aussi sur toi, j'ai choisi un rythme à six temps qui berce l'oreille sans jamais brusquer les choses. Je ne fais pas appel à un orchestre tapageur : je confie le climat aux bois comme la flûte, le hautbois ou le cor anglais, accompagnés par les cors, la harpe et les cordes. Pendant qu'une partie des cordes égrène de petits accords continus, les premiers violons, les violoncelles et la harpe soutiennent directement la voix de la soprano. La chanteuse n'a pas besoin de faire des acrobaties compliquées, elle déroule simplement une longue phrase qui revient et s'épanouit tout naturellement.Composé sous clef en Toscane
Alors que cette musique respire la tranquillité, je l'ai pourtant composée entre 1917 et 1918, en plein pendant les épreuves de la Première Guerre mondiale. Je travaillais chez moi en Toscane, dans ma villa de Torre del Lago, à une période où le conflit compliquait le quotidien et bloquait les voyages. Créer une farce pleine d'esprit au milieu de ces restrictions était sans doute ma façon de garder un peu de légèreté. J'ai mis le point final à la partition le 20 avril 1918, bien content d'avoir bouclé mon trio d'opéras malgré les circonstances.Un triomphe vu de loin
À cause des difficultés de déplacement liées à la guerre, je n'ai même pas pu traverser l'océan pour assister à la création mondiale aux États-Unis. C'est donc sans moi que le rideau s'est levé au Metropolitan Opera de New York City, le 14 décembre 1918, sous la direction du chef Roberto Moranzoni. La soprano anglaise Florence Easton incarnait Lauretta ce soir-là, et le public a tellement applaudi son air qu'elle a dû le chanter une seconde fois sur-le-champ. Apprendre de loin que ma petite comédie remportait un succès immédiat auprès du public et des critiques m'a vite consolé d'avoir manqué le voyage.Des théâtres aux salons
Mon éditeur milanais, la Casa Ricordi, a eu le nez creux dès 1918 en publiant la partition complète de l'opéra mais aussi cet air tout seul à part. Bien que je ne l'aie jamais conçu comme une chanson indépendante, le morceau s'est vite échappé de son opéra pour vivre sa propre vie dans les salles de concert. Beaucoup d'auditeurs qui l'entendent en récital ignorent encore aujourd'hui qu'il s'agit du coup de bluff d'une gamine rusée et y voient une grande déclaration tragique. Après tout, si ma mélodie est assez belle pour te tirer une larme alors qu'elle parle d'une entourloupe notariale, je ne vais pas m'en plaindre.---
Ça t'a plu de découvrir les coulisses de O mio babbino caro en ma compagnie ? Mon petit air de comédie te réserve encore de belles surprises si tu tends un peu l'oreille. Je t'invite à suivre les liens sur cette page pour continuer à explorer O mio babbino caro avec moi.
