Le mal du pays avec la Symphony No 9 de Dvořák
Les coulisses
Symphony No. 9 in E minor, Op. 95 ("From the New World")

Je suis Dvořák, et je suis ravi de te raconter l'histoire de ma Symphony No 9. Tu vas revivre la première à Carnegie Hall en décembre 1893, où le public a applaudi après chaque mouvement et où je me suis levé pour saluer. Pour apprendre à reconnaître nos œuvres dès que tu les entends, comme mes confrères compositeurs et moi te l'enseignons ici, essaie l'entraînement quand tu veux.
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Un Tchèque débarque à New York
À la fin de 1892, je dirige le National Conservatory of Music of America, et c'est là que je commence à esquisser cette symphonie. Je la termine en mai 1893, toujours à New York, même si certains l'imaginent écrite en Bohême. Tout me paraît neuf dans cette ville : les rues, les gens, le rythme de la vie. Le sous-titre From the New World dit assez bien où je me trouve.Un numéro qui a changé d'avis
Sur les vieux disques et dans les vieux livres, tu trouveras cette œuvre sous le nom de Symphony No 5. C'était son numéro lors de la première publication, avant qu'on remette mes symphonies dans le bon ordre. Simrock a édité la partition en 1894, et le nom officiel est aujourd'hui Symphony No. 9 in E minor, Op. 95. Si tu hésites devant une vieille pochette, sache donc que c'est bien la même musique.Un élève qui chante
À New York, j'ai un élève nommé Harry T. Burleigh, un chanteur noir, et c'est lui qui me fait découvrir les spirituals. Ces chants me marquent, parce qu'ils sont simples et qu'ils disent beaucoup avec très peu de notes. En mai 1893, je déclare même que la musique future de ce pays devrait se fonder sur ce qu'on appelait alors les « Negro melodies », le terme de l'époque pour les mélodies afro-américaines. Cette phrase en dit long sur ce qui m'intéressait à New York.Ni copie, ni citation
Je n'ai pas utilisé de véritables mélodies amérindiennes : j'ai écrit mes propres thèmes, en essayant d'en saisir le caractère. Pour les spirituals, c'est pareil, mes thèmes sont originaux, même si certains auditeurs croient y reconnaître un air célèbre comme Swing Low, Sweet Chariot. Ce qui m'intéresse, c'est la gamme pentatonique, que je retrouve dans ces traditions et aussi dans la musique écossaise. Cinq notes seulement, et pourtant elles donnent à la mélodie ce parfum à la fois lointain et familier.Un coin de Bohême en Iowa
Pendant l'été 1893, je me repose à Spillville, dans l'Iowa. J'y trouve un petit village d'environ 350 habitants qui parlent surtout tchèque, avec une école et des messes dans ma langue. J'écris à l'époque : « C'est une colonie tchèque. » Imagine mon bonheur d'entendre la langue de chez moi au milieu de l'Amérique, après des mois de grande ville.Quatre chapitres, quatre humeurs
Une symphonie se découpe en grandes parties qu'on appelle des mouvements, un peu comme les plats d'un repas : chacun a son goût et son rythme, et l'on marque une pause entre deux. Le premier, Adagio puis Allegro molto, commence lentement avant de s'élancer. Le deuxième, Largo, est le plat tendre et lent, et le troisième, Scherzo, Molto vivace, est une danse rapide et pleine d'entrain. Le quatrième, Allegro con fuoco, arrive comme le grand dessert flambé, avec du feu et de l'élan jusqu'au bout.Hiawatha rôde dans la partition
J'avais lu The Song of Hiawatha de Longfellow, et ce poème m'a beaucoup marqué. Je considère le Largo comme une esquisse, une étude pour une œuvre future inspirée de ce poème. Le Scherzo, lui, m'a été suggéré par la scène de fête où l'on danse. On raconte parfois qu'un voyage en train m'aurait inspiré, mais personne n'a de preuve, alors je m'en tiens à la fête de Hiawatha.Chacun son tour au pupitre
J'ai écrit pour deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, des cors, des trompettes, des trombones, des timbales et les cordes. Mais certains instruments n'ont droit qu'à un seul mouvement : le tuba joue dans le deuxième, le triangle dans le troisième et les cymbales dans le quatrième. Ils attendent donc patiemment, puis ils font leur entrée et ne sont plus jamais rappelés. À la toute fin, la symphonie passe de mi mineur à mi majeur, et ce dernier accord apporte une vraie lumière après tout ce chemin.Une salle debout
La première a lieu le 16 décembre 1893 au Carnegie Hall, avec le New York Philharmonic sous la direction d'Anton Seidl. Le succès est immédiat : le public applaudit après chaque mouvement, et je dois me lever pour saluer. Deux semaines plus tard, le 30 décembre, l'orchestre de Boston la joue sous la baguette d'Emil Paur. L'Europe l'entend en juin 1894, grâce à la London Philharmonic Society.Jusqu'à la Lune
Une exécution dure en général environ 40 minutes, à peu près le temps d'un long trajet en train. Le Largo est devenu si populaire que sa mélodie a fini par devenir la chanson Goin' Home, sans que beaucoup de gens sachent d'où elle vient. En 1969, Neil Armstrong emporte même un enregistrement de ma symphonie sur la Lune, avec Apollo 11. Moi qui avais voulu écouter le Nouveau Monde, je n'aurais jamais imaginé qu'elle voyagerait aussi loin.---
Voilà, tu connais maintenant l'histoire de ma Symphony No 9, de mes premières esquisses à New York jusqu'à ses premiers applaudissements. Quand je repense à ce voyage, je suis touché de voir qu'une musique écrite si loin de chez moi a trouvé le chemin de tant d'oreilles. Elle est même allée plus loin que je ne l'aurais jamais imaginé : en 1969, Neil Armstrong en a emporté un enregistrement jusqu'à la Lune, à bord d'Apollo 11. Alors, as-tu aimé découvrir les coulisses de la Symphony No 9 ? Si c'est le cas, sache qu'il reste encore beaucoup de choses à explorer dans cette œuvre. Chaque mouvement cache des détails qu'on ne remarque qu'à la deuxième ou à la troisième écoute. Clique sur les liens ci-dessous pour poursuivre ta découverte de la Symphony No 9, et prends ton temps : cette musique se laisse apprivoiser tranquillement.
