Un sabbat de sorcières avec Night on Bald Mountain de Mussorgsky
Le guide d'écoute
Night on Bald Mountain

Je suis Modest Mussorgsky, et voici le guide d'écoute de Night on Bald Mountain. Tu vas découvrir comment j'ai achevé cette musique de sorcières en juin 1867, la veille même de la Saint-Jean, comme si la date avait guidé ma plume. Sur ce site, plusieurs compositeurs et moi t'apprenons à reconnaître nos œuvres quand tu les entends, alors lance-toi dans l'entraînement et vois ce que tu retiens.
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Écoute avec les oreilles grandes ouvertes
Si tu ne connais rien à la musique classique, ne t'inquiète pas : je te propose seulement de suivre les instruments comme on suit les personnages d'un film. Écoute d'abord les cordes, qui forment la grande masse de l'orchestre et s'agitent comme une tempête, puis repère le piccolo et les flûtes, dont les notes aiguës ressemblent à des cris de sorcières. Plus bas, les trombones, le tuba et les bassons apportent tout ce qui est lourd et menaçant, pendant que les timbales, la grosse caisse et le tam-tam frappent des coups qui font vibrer la salle. Garde enfin l'oreille tendue vers la cloche tubulaire et la harpe, car ce sont elles qui, vers la fin, viennent adoucir l'atmosphère.Pourquoi une montagne chauve et pas un joli jardin ?
J'ai choisi ce titre parce que la Montagne Chauve existe vraiment, près de Kiev, et que la légende russe y réunit les sorcières la nuit de la Saint-Jean, du 23 au 24 juin. Mon titre d'origine, en 1867, était même plus long, St. John's Eve on Bald Mountain, pour que personne ne se trompe sur la date du rendez-vous. Dans le titre que tu connais, le mot « nuit » dit l'essentiel : l'obscurité, le danger et une fête que les humains ne sont pas censés voir. Le hasard a d'ailleurs bien fait les choses, puisque j'ai terminé l'orchestration le 23 juin 1867, à la veille de la Saint-Jean, dans la ferme de Minkino.Ni sonate, ni rondo : un poème symphonique
Choisir la forme de Night on Bald Mountain a été une aventure en soi, car cette histoire ne rentre ni dans une sonate ni dans un rondo. J'ai préféré le poème symphonique, une pièce d'orchestre qui raconte une histoire sans un seul mot, et c'est l'un des tout premiers de ce genre en Russie. Dans ma version de 1867, le récit se découpe en quatre parties : l'assemblée des sorcières, le cortège de Satan, la messe noire et le sabbat. Après ma mort, Rimsky-Korsakov y a ajouté une fin apaisée, ce qui fait une cinquième section, et je te les présente maintenant une par une.Section 1 : Les invitées arrivent sans frapper
L'assemblée des sorcières ouvre la pièce sans aucune introduction polie. Les cordes courent dans tous les sens et les vents lancent des appels aigus, comme si des silhouettes surgissaient de partout dans l'obscurité. Le rythme est rapide et nerveux, et l'on sent une foule qui se rassemble en grondant. Je ne te laisse pas le temps de t'installer, et c'est voulu : je veux que tu te retrouves déjà dans la fête, que tu l'aies souhaité ou non.Section 2 : Le patron fait son entrée
Avec le cortège de Satan, la musique change de poids et devient plus puissante, plus solennelle et plus menaçante. Les trombones et le tuba mènent la marche, soutenus par les timbales et la grosse caisse qui frappent comme des coups de tambour dans un défilé. L'ambiance passe de la panique à la parade, et l'on devine un maître qui passe en revue ses invités. Par-dessus, les instruments aigus continuent de ricaner, comme si l'agitation du début n'avait pas disparu mais s'était simplement mise au garde-à-vous.Section 3 : Une messe à l'envers
La messe noire est le moment le plus sombre de la pièce, une cérémonie qui imite un office religieux pour mieux le retourner. Les trombones et les bassons grondent dans le grave pendant que les cordes se faufilent, ce qui donne un son plus sourd et plus inquiétant. Le tumulte change de nature : il ne crie plus, il menace, et tu sens que quelque chose se prépare. Cette tension sert de tremplin à la suite, car rien ne rend un déchaînement plus fort qu'un calme menaçant juste avant lui.Section 4 : Le sabbat, ou la danse sans frein
Le sabbat est le sommet de la pièce, une danse effrénée où tout l'orchestre se déchaîne en même temps. Les cordes foncent, les flûtes et le piccolo piaillent, les cymbales claquent et le tam-tam fait résonner l'air tout autour de toi. L'ambiance est celle d'une frénésie collective, où chaque instrument semble vouloir danser plus vite que son voisin. Je pousse l'orchestre jusqu'à ses limites, et tu sens bien qu'une telle énergie ne peut pas durer jusqu'au matin.Section 5 : Le jour se lève, les sorcières rentrent
La fin que tu connais vient de Rimsky-Korsakov, qui a réalisé son arrangement en 1886, cinq ans après ma mort. Il y a placé une conclusion calme, qui reprend une musique de l'air de Gritsko, dans mon opéra The Fair at Sorochyntsi. Après tout ce fracas, la cloche tubulaire sonne, les instruments s'adoucissent et la lumière revient doucement dans la musique. Cette version a connu un succès immédiat, et en 1940 Leopold Stokowski l'a adaptée pour Fantasia, où le dieu noir Chernobog, souvent représenté sous la forme d'un bouc, occupe le centre de la scène.À toi de jouer, les sorcières t'attendent
Maintenant, je t'invite à vivre Night on Bald Mountain par toi-même. Appuie sur lecture et laisse la musique t'envelopper du premier appel des sorcières jusqu'au dernier souffle. Pendant que tu écoutes, repense à ce que nous avons vu ensemble : les instruments, les quatre parties de la nuit et le calme final. J'espère que ce voyage à travers ma Night on Bald Mountain te passionnera autant que moi quand je l'ai écrite !---
Voilà, tu as parcouru avec moi tout le guide d'écoute de Night on Bald Mountain. Ce guide t'a-t-il plu, et as-tu maintenant envie de réécouter la pièce d'une oreille un peu différente ? Quand je repense à cette musique, je me dis qu'elle a eu un drôle de destin : je ne l'ai jamais entendue jouée, et pourtant elle continue de résonner dans les salles de concert. Il reste encore beaucoup à découvrir sur Night on Bald Mountain, par exemple les différentes versions qu'elle a connues ou la façon dont d'autres l'ont reprise après moi. Je t'invite donc à cliquer sur les liens proposés pour poursuivre ton exploration, à ton rythme et selon ta curiosité. Et si tu retrouves un jour ces sorcières au détour d'un concert, tu sauras les reconnaître comme de vieilles connaissances.
